Les souvenirs « inédits » de Louis Ménard

En décembre 2010, la presse s’était faite l’écho de la vente à Tarbes d’un extraordinaire document, les souvenirs de Louis Ménard, greffier de la Cour de cassation et notoire antidreyfusard (voir par exemple : l’article de la Dépêche).

Ce « document exceptionnel » était en fait, pour ce qu’il peut avoir d’intéressant, déjà connu. La fille de Cavaignac, Henriette Dardenne, en avait en effet publié de larges extraits dans son Lumières sur l’affaire Dreyfus (Paris, Nouvelles Éditions Latines, 1964). Si la lecture du manuscrit, dorénavant consultable aux AN (AB/XIX/5364), n’est pas sans intérêt, il ne nous apprendra pas grand chose que nous ne sachions déjà. On y voit l’informateur principal de Quesnay de Beaurepaire se perdre en considérations sur la République juive, la Cour de cassation vendue, etc.

Un petits extrait pour bien comprendre :

Ménard raconte qu’à la fin d’octobre 1898, Waldeck-Rousseau, d’accord avec Galliffet, était venu lui rendre visite :

A 4 h. du soir, quelques jours avant l’audience de la Chambre criminelle, mon garçon de bureau m’annonce M. Waldeck-Rousseau.
J’étais seul dans mon cabinet, je fis remarquer à Lecaudez qu’il oubliait mes instructions à l’égard des personnages politiques ou judiciaires, qu’il connaissait et qu’il devait faire entrer directement quand je n’avais personne près de moi.
Certes Waldeck-Rousseau, ancien ministre, sénateur de la Loire, avocat éminent était de cette catégorie.
Le sachant susceptible, je m’excusait de l’avoir fait attendre involontairement et lui fis l’acceuil le plus empresse.
« Je viens, me dit-il, vous parler de l’affaire Dreyfus, dont vous allez avoir à vous occuper. Ce n’est pas que Dreyfus nous intéresse, mais nous voulons profiter de cette circonstance pour faire une armée républicaine et démolir l’État-major qui n’est composé que de cléricaux, de jésuites et de réactionnaires. Nous sommes sûrs de réussir, ceux qui seront avec nous aurons ce qu’ils voudront, tant pis pour les autres ».
Je lui répondis que j’avais un double rôle à remplir vis-à-vis de la Cour et du ministre de la Justice d’abord, vis-à-vis du ministre de la Guerre ensuite pour la réception des anciens ministres, des généraux et des principaux officiers appelés à déposer.
J’ajoutai que je n’avais aucun parti pris, que je n’avais pas à juger l’affaire et que mon devoir, que je remplirais avec mon dévoûment habituel, m’obligeait à rester impartial et neutre entre les deux partis qui divisaient la Cour.
Je n’eus pas l’air de comprendre les offres réelles qu’il me faisait, il comprit fort bien que je n’étais pas à vendre et il se leva.
Je me disposais à le reconduire jusque dans la galerie, mais avant d’ouvrir la porte, il me regarda avec son œil d’oiseau de proie : « vous avez bien entendu, me répéta-t-il, tout pour les vainqueurs, je vous parle de votre intérêt, soyez avec nous. »
Il attendit une seconde, les deux portes étaient ouvertes, je l’accompagnai en le saluant profondément.

Est-il utile de commenter cette pure invention dont l’invraisemblance éclate à chaque ligne ? Et le reste du manuscrit est à l’avenant…

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