Une lettre de Dreyfus à Labori au lendemain de Rennes

256_1142_image_mahj_7262_1-2Trouvé dans un catalogue de vente de 2000, cette lettre qui semble inédite :

Rennes 14 septembre 1899, à son avocat Fernand Labori ; 3 pages et demie in-8 (fendue aux plis). Très belle lettre après le procès de Rennes et avant la grâce présidentielle. … « Il est des choses qui sont presque inexprimables de vive voix, qu’on garde au fond de soi avec une espèce de pudeur et qu’on écrit plus facilement qu’on ne les dit !… Mais comment exprimer toutes les émotions par lesquelles j’ai passé pendant ces deux longs mois ? D’abord mon retour en France, plein d’illusions, puis cette chute brutale du haut de mes rêves, de ce lointain caressé de la réparation éclatante d’une épouvantable erreur judiciaire, de cette communion entrevue d’âmes françaises dans un élan fraternel de justice et de bonté… Quelles journées de cruelles désillusions ai-je vécu pendant ces longues audiences ! Mais aussi quelles joies profondes quand j’entendais des voix plus hautes, des esprits élevés et dégagés de tout parti pris, faire entendre la voix de la raison et de l’équité, la voix de notre chère France, cette terre d’équité et de bonté, qui m’a si longtemps trompée. Et puis quelle nouvelle chute après cette incompréhensible condamnation, quel amas de tristesses !… Mais ce n’était plus la nuit noire d’il y a cinq ans, ce n’était plus le sombre drame se perpétrant entre quatre murs, sans entendre voix humaine autour de l’innocence méconnue »… Toutes ces voix amies lui démontrent « un réveil formidable de la conscience humaine » auquel rien ne résistera. S’il souffre pour sa famille, sa hautaine conscience du devoir à remplir n’en est pas amoindrie. Il souhaite à son avocat de bien se reposer à Samois et espère qu’ils se retrouveront tous « au jour du triomphe définitif de la Justice et de la Vérité »…

Vente Piasa du 7 novembre 2000, n° 264.

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