Archives mensuelles : septembre 2014

Un nouveau Zola : les lettres à Alexandrine

20140929_142549Alain Pagès et Brigitte Émile-Zola viennent de publier chez Gallimard les lettres de Zola à Alexandrine. 318 lettres qui permettent de suivre le quotidien de Zola lors des périodes où son épouse voyageait en Italie où lors de l’exil anglais de l’auteur de « J’Accuse…! ». Concernant l’Affaire, nous connaissions de nombreux extraits de cette correspondance publiés dans le volume IX de la Correspondance. Alain Pagès et Brigitte Émile-Zola nous permettent enfin de lire les lettres dans leur intégralité et dans leur succession. On y pourra voir ainsi précisément les interrogations, les atermoiements de Zola en novembre 1897 et la genèse, au jour le jour, de ce que fut son engagement. On y découvrira aussi le journal de sa vie et de ses pensées lors de son exil anglais, sa tristesse et sa souffrance, ses réflexions sur l’actualité française et les péripéties de l’Affaire… Un volume qui croisé avec la correspondance à Jeanne Rozerot qu’Alain Pagès a publié en 2004 nous livre le Zola le plus intime, le plus libre et nous permet de rencontrer, dans toute sa vérité, l’homme et l’intellectuel. Un livre passionnant et comme toujours un parfait travail d’Alain Pagès.

Émile Zola, Lettres à Alexandrine. 1876-1901, Paris, Gallimard, 2014, 29, 90 €.

 

Une biographie de Camille Krantz

camille-krantz-benoit-linel-9782358150903Les éditions Glyphe, après la très heureuse biographie du général André due à Serge Doessant et dont nous avions parlé à sa sortie (voir ici), ont décidé de nous offrir à lire la vie d’un autre ministre de la Guerre de la période 1898-1899 : Camille Krantz. Cet oublié, qui occupa la rue Saint-Dominique du 6 mai au 22 juin 1899 après avoir occupé le ministère des Travaux-publics du 1er novembre 1898 au 6 mai 1899, demeure le moins connu des ministres de la Guerre qui se succédèrent de 1894 (Mercier) à 1899 (Galliffet).

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1894. L’homme à l’origine de l’affaire Dreyfus

1894. L’homme à l’origine de l’affaire Dreyfus, dont nous avion parlé pour annoncer sa proche sortie (voir ici), est en librairie depuis quelques jours.album-homme-origine-affaire-dreyfus-big
Dire l’Affaire n’est pas simple et surtout dans le format contraint de la bédé. Et cette tentative de Duval et Calvez est une formidable réussite. Par le biais d’une narration de la vie d’Esterhazy, c’est l’Affaire qui est ici présentée avec précision et justesse (sur la base de la biographie de Marcel Thomas ; et cela même si on peut regretter une erreur de taille : la confusion – fréquente – entre « Ce canaille de D… » et le « faux Henry »). Un dessin magnifique et une lecture très libre qui sort du simple exposé du fait historique grâce à des procédés narratifs ingénieux et de véritables trouvailles scénaristiques. Un plaisir bien trop bref…

Notons au passage qu’après cette bande dessinée (qui est en fait la deuxième ; une première avait paru en 1948 dans le journal Ce soir), une troisième devrait paraître en 2015, sur une initiative de Michel Drouin).

A propos de Tatoueurs, tatoués au Quai Branly : l’affaire Dreyfus en tatouages

Dans son L’Argot et le tatouage des criminels (Neuchâtel, La Baconnière, 1962, p. 112), Jean Graven écrit : « LACASSAGNE, dans ses Archives d’anthropologie criminelle, en 1910, avait décrit le cas de cet Ancien cocher, Auguste Formain, cité devant la 8e Chambre correctionnelle, à Paris, pour coups et blessures par le Dr Rabinovitch, à la Salpêtrière : “Formain serait un inculpé quelconque si son corps ne reproduisait en 121 tatouages très artistiques les scènes de l’affaire Dreyfus. Alors qu’il était dans une compagnie de discipline, Formain a rencontré un tatoueur, égaré lui aussi dans les bataillons d’Afrique, qui a entrepris d’exécuter sur son corps une véritable oeuvre d’art… Dix-huit mois ont été nécessaires à l’artiste pour mener son travail à bonne fin… La pièce principale de ce musée épidermique occupe le dos tout entier depuis le derrière du cou, jusqu’au bas des reins : c’est la dégradation de Dreyfus » avec des allégories de toutes sortes. Au milieu de déesses multiples, la France désigne du doigt au condamné l’île lointaine du Diable. Cette pièce seule demanda à l’artiste tatoueur un travail de trois mois. Elle est telle que le major de la compagnie de discipline où se trouvait Formain a offert à celui-ci 400 fr. s’il consentait à s’en dessaisir, c’est-à-dire à se la laisser enlever du dos par un scalpel spécial et peu douloureux. Formain a refusé et à gardé sur son dos son trésor artistique.” […] LACASSAGNE concluait : “Le prévenu Formain ne peut manquer avec ses 121 scènes de l’affaire Dreyfus sur le corps, de finir dans un musée.” »

Un tatouage étonnant dont on retrouvera un écho dans l’exposition Tatoueurs, tatoués présentée au quai Branly.