La première biographie de Lucie Dreyfus

Electre_978-2-84597-529-3_9782845975293Lucie Dreyfus : « une femme de »… absente de la plupart des livres sur l’Affaire où bien loin sur la photo, derrière les dreyfusards qui eux-mêmes, la plupart du temps, masquent le capitaine. Une affaire souvent sans Dreyfus et presque toujours sans Lucie.


Femme assurément mais avant tout épouse et mère, Lucie fut bien comme nous l’explique Elisabeth Weissmann, une « héroïne du quotidien ». À son amie Hélène Naville – avec qui elle entretint une importante et régulière correspondance qu’Elisabeth Weissmann nous donne à lire en larges extraits pour la première fois –, elle avait écrit, touchée sans doute mais gênée surtout par le portrait qu’elle avait fait d’elle dans son Dreyfus intime, quelques phrases qui la dépeignent parfaitement : « Pourquoi avez-vous fait un tel éloge de moi, je suis bien loin de le mériter. Si j’ai supporté ces années de souffrances, c’est que je le devais à mon mari, à mes enfants. J’ai fait tout simplement mon devoir ; si j’avais fait autrement, j’aurais été criminelle. » Modeste, discrète et réservée, aimante et dévouée, Lucie fut un parfait modèle d’abnégation et une incarnation de l’épouse et de la mère telle que l’imposaient la morale bourgeoise et la bienséance qui en était la traduction. Bourgeoise, femme de militaire, qui savait tenir sa place et avait le sens et le respect des convenances, elle fut la gardienne du « refuge familial » dont le cœur aimant et les « mains pieuses » réchauffent l’homme, pour reprendre les mots de Zola dans la lettre ouverte qu’il lui adressa et qui si elle lui parlait ne parlait que peu d’elle. C’est cette mère et cette épouse que nous peint Elisabeth Weissmann en un beau portrait mais c’est aussi cette femme, formidable « résistante », cette femme courageuse et digne qui en silence tint bon et raidit la nuque face au désespoir, à la bêtise et la haine et qui, nous le savons et n’en avons peut-être pas assez conscience, fit que l’affaire du capitaine Dreyfus devint l’Affaire. Dreyfus le dira, à Rennes : « Après ma condamnation, j’étais décidé à me tuer, j’étais décidé à ne pas aller à ce supplice épouvantable d’un soldat auquel on allait arracher les insignes de l’honneur ; eh bien, si j’ai été au supplice, je puis le dire ici, c’est grâce à Mme Dreyfus qui m’a indiqué mon devoir et m’a dit que si j’étais innocent, pour elle et pour mes enfants, je devais aller au supplice la tête haute ! Si je suis ici, c’est à elle que je le dois […]. »
Un livre nécessaire pour mieux connaître cette madame Dreyfus, épouse du célèbre capitaine, et faire la rencontre de Lucie Hadamard.

Elisabeth Weissmann, Lucie Dreyfus, la femme du capitaine, Paris, Textuel, 2015, 23 €.

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