Petite histoire du « J’Accuse… ! ».

Nous publions ici dans sa version longue et avec quelques variantes, un article sur l’histoire du texte « J’Accuse… ! » et de ses éditions, texte qui figure dans les Mélanges offerts à Alain Pagès (voir ici). Nous remercions les Presses universitaires de la Sorbonne qui nous en ont donné l’autorisation.                                                                                                                           Philippe Oriol

Zola, en 1901, dans La Vérité en marche, reprise de ses textes sur l’Affaire, écrit en liminaire à sa « Lettre à M. Félix Faure président de la République » :

Ces pages ont paru dans l’Aurore, le 13 janvier 1898. Ce qu’on ignore, c’est qu’elles furent d’abord imprimées en une brochure, comme les deux Lettres précédentes. Au moment de mettre cette brochure en vente, la pensée me vint de donner à ma Lettre une publicité plus large, plus retentissante en la publiant dans un journal. […] la brochure resta même en magasin.[1]

Une évidence nous frappe : si la brochure était prête à être mise en vente avant la décision de publier dans L’Aurore, c’est que le point final du « J’Accuse… ! » n’a pu avoir été mis que bien avant le verdict du procès Esterhazy et non, comme on le dit habituellement, après. Comment, en effet, si le texte avait été achevé après le verdict, au plus tôt le 11 janvier au soir donc, eût-il été possible qu’en à peine deux nuits et une journée – au mieux –, Zola ait pu finir son texte, le donner à Fasquelle, que Fasquelle l’ait fait composer, que Zola en ait corrigé les épreuves, que l’impression ait été lancée, que le tirage ait été massicoté, broché puis que Zola ait rendu visite à Vaughan, l’ait convaincu d’accueillir son texte, le lui ait transmis, que Vaughan à son tour l’ait fait composer, corriger, imprimer et mis en vente le 13 au matin ! Si on peut s’accorder sur cette évidence, reste à savoir quand « J’Accuse… ! » put être écrit.
Trois témoignages nous indiquent la date du 7 janvier : celui du fidèle Alexis, tout d’abord, qui se souviendra en 1899 que Zola lui avait annoncé le 6 janvier qu’il allait, « dès demain », se « mettre à écrire une lettre au président de la République »[2] ; celui, encore, de Charles Danielou qui, en 1945, se souviendra que, le 8 janvier[3], Coppée lui avait dit que Zola venait juste de passer le voir pour lui lire son texte ; celui, enfin et surtout, d’Eugène Fasquelle qui, en janvier 1948, introduisant l’édition en fac-similé du manuscrit de « J’Accuse… ! », racontera que :

Le soir du 7 janvier 1898, je trouve chez moi, en arrivant de ma librairie, un pneumatique ainsi conçu :
Cher ami, tâchez donc de venir, ainsi que Madame Fasquelle, rue de Bruxelles, après votre dîner, vers 9 heures, j’ai une communication très importante à vous faire.
Croyez….                                                         Signé : Émile Zola.
Au cours de cette entrevue qui dura de neuf heures du soir à une heure du matin, Zola nous exposa la conviction qu’il avait acquise de l’innocence de Dreyfus, après s’être livré à une étude approfondie des détails du procès de 1894 et avoir examiné tous les documents fournis par Scheurer-Kestner et Bernard Lazare au cours de nombreuses réunions avec ces premiers défenseurs de l’interné de l’île du Diable.
Ensuite, il nous lut, par deux fois, sa Lettre ouverte au Président de la République, puis me dit :
« Je veux publier cette lettre en brochure d’un prix modique, afin qu’elle soit largement diffusée. Je ne vous cacherai pas que, comme moi-même, l’éditeur de cette brochure sera exposé aux plus graves sanctions judiciaires. Vous savez la profonde affection que j’ai pour vous, elle n’en sera nullement diminuée, si vous ne publiez pas. Réfléchissez donc et donnez-moi votre réponse dans les plus brefs délais. »
J’ai immédiatement répondu que ce serait trahir l’amitié de laisser paraître cette brochure ailleurs ; mais que je lui demandais de ne pas se lancer dans une pareille aventure sans y réfléchir encore […].
Zola, […] ne me laissa emporter le manuscrit, celui-même reproduit ici en fac-similé, qu’après avoir vivement insisté pour que je ne me considère pas comme obligé de le publier.
L’imprimeur mit toute la diligence possible et la brochure : Lettre ouverte au Président de la République [sic], prête en peu de jours, allait paraître lorsque je vis Zola entrer dans mon bureau le 10 ou le 11 janvier 98 pour me faire part de la proposition de l’Aurore et me dire que ce journal devait faire un numéro spécial avec, comme titre : J’accuse (c’est Clemenceau qui eut l’idée de ce titre) tiré à cent mille exemplaires, avec de nombreux placards sur les murs de Paris. Il ajouta que cette forme de diffusion correspondait tout à fait au but visé, plutôt que mes 10.000 brochures qui, prêtes à paraître, restèrent bloquées chez le brocheur.[4]

6-10/11 janvier : un laps de temps court mais suffisant pour écrire le texte et lui faire suivre les étapes nécessaires jusqu’au brochage. Mais s’accorder sur cette évidence revient à dire deux choses. En premier lieu, que si le texte que nous connaissons fut bien écrit au fil de la plume, comme le dit Alain Pagès[5] et comme le montre le manuscrit que publiait Fasquelle et qui est aujourd’hui à la BNF et consultable sur Gallica – confirmant ce que dira Zola quand il affirmera dans ses « Impressions d’audiences » qu’il « est sorti de moi en un cri[6] » –, il ne put être la nouvelle version d’un texte antérieur, nouvelle version achevée entre le 10 et le 12. La brochure était en effet prête le 10 et, nous le verrons, son texte est rigoureusement le même que celui de L’Aurore. C’est donc probablement bien, à une différence près dont nous reparlerons, le texte que nous connaissons qui fut lu à Coppée et à Fasquelle et qui donc au plus tard avait été fini le 7 janvier. En second lieu et, dans un autre ordre d’idées qui en découle, s’accorder sur cette évidence revient à dire que l’auteur du « J’Accuse… ! » avait pris le pari, avant même l’ouverture du procès, de l’acquittement d’Esterhazy. Alexis nous le dit, évoquant cette rencontre du 6 janvier : « J’étais persuadé que le Uhlan serait condamné par le conseil de guerre. Et Zola me dit : – Il sera acquitté. Puis il ajouta : J’en suis tellement convaincu que dès demain je vais me mettre à écrire une lettre au président de la République[7] », Un pari, à vrai dire, on le sait, qui ne représentait que peu de risques pour l’observateur informé. Entre mille exemples, Sigismond Lacroix, le 8, pouvait ainsi écrire dans Le Radical :

L’ordonnance de renvoi devant le conseil de guerre, rendue par le gouverneur de Paris et signifiée à… on ne peut pas dire l’accusé, mettons : à l’intéressé est restée secrète. Certains journaux, amis du commandant, honorés des confidences du ministre de la Guerre – ce sont, d’ailleurs, les mêmes – ont été jusqu’à annoncer que cette fameuse ordonnance ne serait même pas lue publiquement à l’ouverture des séances du conseil de guerre, le huis clos serait prononcé avant ! Après cela, quand l’acquittement sera prononcé, le bon public pourra se dire : « Il est acquitté ? C’est très bien. Mais de quoi ? »
Cependant, puisqu’on réunit un conseil de guerre, c’est qu’il y a une ombre d’accusation. Qui la soutiendra, cette ombre d’accusation ? Qui sera chargé de mettre en lumière les charges ou les ombres de charges qui pourraient être invoquées contre le commandant ? Très probablement, personne.
Il y aura peut-être, dans un coin de la salle, un monsieur habillé d’un uniforme, qu’on appellera : M. le commissaire du gouvernement. Bien que d’ordinaire, le commissaire du gouvernement remplisse le rôle d’accusateur, il ne peut en être de même dans la circonstance ; et la raison en est simple. On poursuit le commandant pour lui faire plaisir, de même qu’on a procédé à une enquête pour lui faire plaisir, et ensuite à une information, toujours pour lui faire plaisir[8].

Et d’ailleurs, si on veut bien relire attentivement le J’Accuse… ! », on remarquera qu’il demeure très flou sur le procès Esterhazy, ne parlant finalement que de la « sentence inique ». Très flou, à l’exception toutefois d’un paragraphe, un unique paragraphe, qui ne peut que nous interroger… un paragraphe qu’il était impossible d’écrire le 6 ou le 7 janvier :

Et l’on a même vu, pour le lieutenant-colonel Picquart, cette chose ignoble : un tribunal français, après avoir laissé le rapporteur charger publiquement un témoin, l’accuser de toutes les fautes, a fait le huis clos, lorsque ce témoin a été introduit pour s’expliquer et se défendre. Je dis que cela est un crime de plus et que ce crime soulèvera la conscience universelle. Décidément, les tribunaux militaires se font une singulière idée de la justice.

Si le huis clos du procès Esterhazy pouvait être une certitude pour tous puisqu’il avait été annoncé par le gouvernement via l’officieuse Agence nationale dès le 4 janvier, comment Zola aurait-il pu savoir, le 6 ou le 7 janvier, que ce huis clos serait prononcé juste après la lecture de l’acte d’accusation de Ravary et juste avant l’audition de Picquart ? Aux termes de l’article 113 du code de justice militaire, il aurait pu l’être dès l’ouverture des débats ou après la lecture de l’acte d’accusation[9] et tous les observateurs, à ce moment[10] – comme on vient par exemple de le lire dans l’article de Lacroix –, l’annonçaient plutôt pour l’ouverture des débats… Mais alors ?
Zola, pensons-nous, à la différence de ce qu’il pourra faire en 1899, pour son article « Justice » en prévoyant deux versions suivant ce que seraient les événements[11], donna son texte sans ce passage et intervint après coup pour l’ajouter. C’est que nous indique le manuscrit. En effet, quand on le regarde attentivement, on s’aperçoit que s’il est en effet d’une écriture continue, un unique passage a été ajouté après une première rédaction et que ce passage est justement celui que nous venons de citer : folio 31, à la dernière ligne, on peut lire : « Et l’on » et, à la ligne, un début de phrase biffé : « Telle est donc la simple vérité, »

Ce début de phrase biffé du feuillet 31, qui ouvre un nouveau paragraphe, se continue sur le folio 33 : « monsieur le Président, et elle est effroyable… » :

Entre ces deux pages, à un moment où la foliotation n’avait nécessairement pas encore été portée, Zola intégra un nouveau folio, par la suite folioté 32, portant le passage en question. Pour le faire s’intégrer dans son texte, Zola biffa sur le folio 31 la phrase de fin (« Telle est donc la simple vérité, ») ajouta « Et l’on » à la suite du paragraphe précédent, marquant ainsi la continuité de l’ajout, reprit la phrase biffée à la fin de son ajout et, le nouveau folio n’étant pas complètement rempli, porta un trait diagonal pour faire la jonction avec le folio 33 et ainsi retrouver son texte d’origine :

Un passage qu’il n’était possible d’ajouter au plus tôt que le 10 au soir ! Zola aurait donc écrit le 6 ou le 7 janvier son « J’Accuse… ! » sans le passage sur Picquart, parlant, sans entrer dans le détail du procès Esterhazy et concluant sur le verdict attendu, donné le soir du 7 son manuscrit à Fasquelle et, parce qu’il ne pouvait pas ne pas faire part de sa révolte devant une telle injustice, le 10 au soir (immédiatement donc après le prononcé du huis clos et avant la déposition Picquart) ou, plus sûrement (nous en reparlerons), le 11 au matin, serait revenu voir son éditeur, non encore pour lui parler de L’Aurore comme lui-même en témoigne mais pour reprendre son manuscrit, y intégrer le feuillet 32 et folioter l’ensemble. L’imprimeur avait-il commencé à travailler ? Fasquelle le dit. Le texte était déjà-t-il au marbre ? Nous ne le saurons jamais mais ce qui est sûr c’est que si tel fut le cas, le tirage fut détruit puisque le passage ajouté en question figure bien dans la brochure. Le texte fut donc recomposé immédiatement et, nous allons le voir, un jeu d’épreuve tiré dans la foulée sur lequel Zola apporta quelques corrections et l’impression des 10 000 exemplaires fut lancée.
L’observation des différentes versions du « J’Accuse… ! » (L’Aurore ; la brochure ; et la reprise de La Vérité en marche) confirme cette hypothèse. Le texte en est le même à l’exception de quelques variantes :

Manuscrit[12] L’Aurore Brochure La Vérité en marche
 

1

 

p. 3, ligne 17-18 :

…c’est le colonel du Paty de Clam…

col. 1, lignes 50-51 :

…c’est le colonel du Paty de Clam…

p. 2, lignes 15-16 :

…c’est le lieutenant-colonel du Paty de Clam…

p. 74, lignes 22-23 :

…c’est le lieutenant-colonel du Paty de Clam…

 

2

p. 5, ligne 2 :

…qu’on cherche, et on trouvera

col. 1, lignes 75-76 :

…qu’on cherche, on trouvera

p. 2, ligne 33 :

…qu’on cherche, on trouvera

p. 75, ligne 16 :

…qu’on cherche, on trouvera

 

3

p. 7, lignes 4-5 :

…a pu s’accommoder de bien des choses…

col. 2, lignes 32-33 :

…a pu s’accommoder de beaucoup des choses…

p. 3, ligne 31 :

…a pu s’accommoder de beaucoup de choses…

p. 76, lignes 21-22 :

…a pu s’accommoder de beaucoup de choses…

 

4

p. 7, ligne 10 :

On ne croira jamais les expériences…

col. 2, lignes 38-39 :

On ne croira jamais les expériences…

p. 3, dernière ligne :

On ne saurait concevoir les expériences…

p. 76, ligne 26 :

On ne saurait concevoir les expériences…

 

5

p. 8, lignes 6-7 :

…comme dans une chronique du quinzième siècle…

col. 2, lignes 54-55 :

…comme dans une chronique du quinzième siècle…

p. 4, lignes 11-12 :

…comme dans une chronique du xve siècle…

p. 77, ligne 10 :

…comme dans une chronique du xve siècle…

 

6

p. 10, lignes 4-5 :

…on chuchote l’histoire la plus grave, une de ces trahisons monstrueuses…

col. 2, lignes 92-94 :

…on chuchote des faits terribles, de ces trahisons monstrueuses…

p. 5, lignes 3-4 :

…on chuchote des faits terribles, de ces trahisons monstrueuses…

p. 78, lignes 9-11 :

…on chuchote des faits terribles, de ces trahisons monstrueuses…

 

7

p. 13, lignes 17-18 :

…non, non ! c’est un mensonge ; et cela…

col. 3, lignes 73-74 :

…non, non ! C’est un mensonge ; et cela…

p. 6, ligne 24 :

…non, non ! c’est un mensonge ! Et cela…

p. 80, ligne 13 :

…non, non ! c’est un mensonge ! Et cela…

 

8

p. 16, lignes 16-17 :

…en doute que le fameux bordereau fût de l’écriture…

col. 4, lignes 38-39 :

…en doute que le fameux bordereau fût de l’écriture…

p. 7, lignes 31-32 :

…en doute que le bordereau fût de l’écriture…

p. 82, lignes 3-4 :

…en doute que le bordereau ne fût de l’écriture…

 

9

p. 22, lignes 13-14 :

…de la guerre croulent sous le mépris public.

col. 5, lignes 60-61 :

…de la guerre croulent sous le mépris public.

p. 10, ligne 12 :

…de la guerre croulent dans le mépris public.

p. 85, lignes 7-8 :

…de la guerre croulent dans le mépris public.

 

10

p. 22, lignes 15-16 :

…situation prodigieuse, c’est que l’honnête homme…

col. 5, lignes 61-63 :

…situation prodigieuse, c’est que l’honnête homme…

p. 10, lignes 13-14 :

…situation prodigieuse est que l’honnête homme…

p. 85, lignes 8-9 :

…situation prodigieuse est que l’honnête homme…

 

11

p. 23, dernière ligne et p. 24, lignes 1-2 :

…ne suffit-elle à infirmer leur pouvoir même d’équité.

col. 6, lignes 6-7 :

…ne suffit-elle à infirmer leur pouvoir même d’équité ?

p. 11, lignes 7-8 :

…ne suffit-elle à infirmer leur pouvoir d’équité ?

p. 86, lignes 10-11 :

…ne suffit-elle à infirmer leur pouvoir d’équité ?

 

12

p. 25 lignes 5-6 :

C’est là une sentence inique qui…

col. 6, ligne 30 :

Ils ont rendu une sentence inique qui…

p. 11, ligne 24 :

Ils ont rendu une sentence inique, qui…

p. 87, ligne 3 :

Ils ont rendu une sentence inique, qui…

 

13

p. 27, lignes 3-4 :

Ah ! quel coup de balais le gouvernement…

col. 6, lignes 68-69 :

Ah ! quel coup de balais le gouvernement…

p. 12, lignes 17-18 :

Quel coup de balais le gouvernement…

p. 88, lignes 2-3 :

Quel coup de balais le gouvernement…

 

14

p. 27, lignes 13-14 :

…est la défense nationale,  et quel nid…

col. 6, lignes 77-78 :

…est la défense nationale ! et quel nid…

p. 12, lignes 23-24 :

…est la défense nationale ! et quel nid…

p. 88, lignes 9-10 :

…est la défense nationale ! et quel nid…

 

15

p. 32, lignes 8-9 :

Je dis que cela est un crime de plus…

col. 7, lignes 64-65 :

Je dis que cela est un crime de plus…

p. 14, lignes 13-14 :

Je dis que cela est un crime de plus…

p. 90, lignes 16-17 :

Je dis que ceci est un crime de plus…

 

16

p. 34, ligne 3 :

Quand on enferme la vérité…

col. 7, lignes 90-91 :

Quand on enferme la vérité…

p. 14, ligne 31 :

Quand on enferme la vérité…

p. 91, lignes 7-8 :

Je l’ai dit ailleurs, et je le répète ici : quand on enferme la vérité…

Que nous apprennent ces variantes ? Nous pouvons tout d’abord écarter les variantes 2, 3, 6, 12 et 14 qui constituent des corrections pour publication du manuscrit, corrections intégrées dans les trois publications (brochure, L’Aurore et La Vérité en marche). De même, nous pouvons écarter les variantes 15 et 16 qui constituent des corrections, à partir d’une forme inchangée du manuscrit à la brochure, pour la version dernière qu’est La Vérité en marche. Les autres variantes (1, 4, 5, 7, 8, 9, 10, 11 et 13), en revanche, sont intrigantes. En effet, le texte du manuscrit et de L’Aurore sont systématiquement identiques et les variantes apparaissent pour la reprise en brochure et subsistent dans la reprise de 1901 de La Vérité en marche. On devrait logiquement en déduire que le manuscrit a servi à l’impression de L’Aurore, que le texte en a été par la suite corrigé pour composer la brochure et conservé tel quel pour la reprise en volume. Pour redire cela avec plus de précisions : le texte de L’Aurore aurait donc été composé, avec 5 corrections, sur la base du manuscrit, texte auquel il aurait été apporté, et donc nécessairement après le 13 janvier, 9 corrections pour composer celui de la brochure, ultime version que Zola pouvait considérer comme le texte définitif de son célèbre article et qu’il reprendra, à deux corrections près, en 1901, pour la publication en volume de ses articles sur l’affaire Dreyfus. Mais déduire cela reviendrait à dire que le liminaire de Zola à la reprise de son texte pour La Vérité en marche et que les souvenirs de Fasquelle ne sont pas la vérité. Nous ne pensons pas que Zola et Fasquelle aient travesti la vérité non seulement parce que la réécriture de l’histoire n’est guère dans leur manière mais encore parce qu’on pourrait se demander quel en aurait pu être leur intérêt.
Mais si cette proposition peut avoir quelque valeur, elle pose toutefois la question de la date qui fut celle de la décision de finalement publier dans L’Aurore. Nous savons que Zola écrivit un « petit bleu » à Vaughan le 11 pour lui dire que son « travail sera[it] prêt » le lendemain et qu’il lui fixait pour cela rendez-vous à 10 heures[13]. Les deux hommes avaient donc été, précédemment et assurément peu avant, en contact et avaient fixé un premier rendez-vous puisque Zola en change l’heure (« je vous attendrai demain à dix heures au lieu d’onze heures »). Cela nous indique que Zola, après être passé voir Fasquelle, le 10 janvier au soir ou plus sûrement le 11 au matin pour ajouter le folio 32 à son manuscrit, et voir apporté, peu après, sur les épreuves, les neuf corrections qu’indique le tableau des variantes, serait repassé, un peu plus tard dans la journée, voir son éditeur pour lui annoncer la publication prévue à L’Aurore et pour cela aurait repris son manuscrit pour le lire à Vaughan – ou le lui confier, nous en reparlerons –, le 12 janvier à 10 heures. Ce n’est qu’ainsi que pourrait s’expliquer que les variantes d’une brochure antérieure ne se retrouvent pas dans une publication postérieure. Toutefois, on pourra se demander pourquoi, si le texte était prêt au moment où Zola écrivait à Vaughan, il employa un futur (« sera prêt ») ? Ne pourrait-ce être, simplement, parce que Zola ne comptait pas à ce moment révéler l’existence d’une brochure en cours d’impression à un directeur de journal qui peut-être n’aurait pas apprécié que son nouvel auteur lui donne un texte qui n’était pas inédit ? Ce pourrait être aussi pour cela que Zola aurait récupéré le manuscrit, abandonnant ses 9 corrections, pour le recopier avant de le transmettre au journal.
Mais cela dit, une question en entraînant une autre, pourquoi Zola, s’il savait devoir publier finalement son texte dans L’Aurore, laissa-t-il imprimer une brochure qui n’était plus d’actualité quand il fit part à Fasquelle de son intention de confier son texte à Vaughan ? Peut-être Zola songeait-il à l’avenir et, en attendant un jour sans doute de réunir la totalité de ses textes sur l’Affaire en volume, voulait-il prolonger quelque peu la durée de vie de son texte et de son acte. Peut-être, ainsi, faisait-il sien le mot qu’Ajalbert écrira plus tard, mot explicatif de ce que fut la stratégie de propagande par l’écrit des dreyfusards : « […] nous songeons aux vingt ans qui vont suivre. Il peut être intéressant, certains soirs, de se documenter sur certains hommes ; certains livres pourront être utiles ; ils se gardent plus aisément que des collections de quotidiens[14]. » Mais peut-être aussi que dans sa décision était centrale cette idée de propagande. Une brochure qui n’aurait plus pour but, à la différence des deux précédentes, d’être mise en vente, mais d’être envoyée pour la totalité de son tirage à de nombreuses personnalités politiques, scientifiques, littéraires, comme cela avait été fait précédemment pour quelques centaines d’exemplaires de beaucoup de brochures dreyfusardes et tout particulièrement pour la Lettre à La Jeunesse et la Lettre à la France[15]. Ainsi pourrait s’expliquer le surprenant parce que « modeste » tirage de 10 000 exemplaires que nous révèle Fasquelle alors que les précédentes brochures, comme nous l’apprend Colette Becker, avaient été tirées respectivement à 36 600 et 51 600[16]. Et c’est ainsi que pourrait s’expliquer encore que ne figure pas sur la couverture de la Lettre à M. Félix Faure le prix de vente (« dix centimes »), présent sur les deux précédentes :

Et ainsi, fut-elle peut-être envoyée en mars, après le procès Zola, comme pourrait nous l’indiquer cette lettre que Grazietti, maire de Vezzani, en Corse, enverra à Zola :

Monsieur,
Une absence de quelques jours m’a empêché de prendre connaissance de votre immonde brochure.
D’une famille de soldats, et Français de tout cœur avant tout, je me fais un devoir en même temps qu’un plaisir de la retourner à son auteur que je crois aussi lâche que bon écrivain.
Recevez, Monsieur, l’assurance du profond dégoût que doit inspirer à tout Français un abject Dreyfusard tel que vous.[17]

Tout cela serait parfait s’il n’existait un autre document que nous avons jusqu’ici volontairement laissé de côté : la lettre à Leblois du 6 janvier 1898 dans laquelle Zola informe son correspondant qu’il vient de voir Clemenceau et que ce dernier « est prêt à faire ce que nous désirons de lui[18] ». À moins qu’il ne s’agisse de tout autre chose, ce qui serait pour le moins extraordinaire, cette lettre se rapporte au « J’Accuse… ! ». Elle nous indique donc que, contrairement à ce que nous avons dit, la décision de publier dans L’Aurore serait antérieure au 11 janvier et antérieure même à la décision du publier en brochure. À moins, hypothèse qu’on ne peut complètement écarter, que Zola et Fasquelle ne nous aient pas dit la vérité et que la brochure ait été composée juste après la publication de L’Aurore (comme pourraient l’indiquer, nous l’avons vu, au premier abord les variantes), il nous semble qu’encore une fois il existe à ce nouveau mystère une simple explication : Zola aurait établi un premier contact avec L’Aurore qui semblait devoir aboutir le 7 janvier et n’aboutit pas. Zola, le 7, lut-il son article à Clemenceau ? Est-ce à ce moment que Clemenceau l’a « désapprouvé », lui dit qu’il allait « trop loin », comme le Tigre le racontera en 1906[19] ? On a toujours considéré, sans trop se poser de question, que ce jugement avait été porté le 12 au soir, à la lecture des épreuves du journal du lendemain. Mais rien n’est sûr. Et rien n’est d’autant moins sûr que le changement d’appréciation de Clemenceau ne se fit pas nécessairement dans la foulée. « Et bientôt j’ai dû comprendre que c’était lui qui avait raison contre moi », précisera Clemenceau lors du même discours… Un « bientôt » qui, s’il ne pourrait guère se rapporter à quelques minutes, le pourrait pour quelques heures ou quelques jours…
Sur cette base, reprenons donc les faits en suivant ce qu’aurait pu être leur chronologie. Inquiet de l’issue de l’Affaire, Zola envisage de provoquer un procès au civil. Devant la certitude de parodie de procès qui s’annonce et de l’acquittement d’Esterhazy, il prend la décision de se « faire faire un procès de presse[20] ». L’Aurore s’impose non seulement parce qu’elle « avait déjà pris parti[21] » mais encore parce que peu avant Vaughan avait « sollicité [s]a collaboration[22] ». Le 6, Zola, après avoir parlé de son projet à son ami Alexis, va voir Clemenceau et lui confie son idée d’article. Clemenceau se dit « prêt » à suivre mais demande à voir Leblois pour en savoir plus sur les risques encourus et les trois hommes se revoient en fin d’après-midi[23]. Zola sort inquiet de ce rendez-vous, craignant en effet que Clemenceau ne lui prenne son idée[24]. En rentrant, aux premières heures du lendemain, 7 janvier, ou dans la nuit du 6 au 7[25], il écrit, au fil de la plume, en quelques heures, son article en se projetant au soir du 11 janvier, après le verdict du procès Esterhazy. Le 7, en fin d’après-midi, il va rendre visite à Clemenceau et le lui lit. Clemenceau lui fait part de sa désapprobation, lui dit qu’il va « trop loin ». En sortant, Zola, qui veut mener à bien son projet de relancer l’Affaire et sait que la seule solution est de passer au civil, envoie un pneumatique à Fasquelle pour lui demander de passer le voir le soir même pour une « communication très importante ». Il lui lit son texte, lui demande de l’éditer, lui fait part des risques courus et attendus. Fasquelle, sans hésitation, accepte. Le lendemain ou le surlendemain, l’éditeur donne le texte à composer à Maretheux. Le 8, Zola va voir Coppée et lui lit son article. Le 11 au matin, après le premier jour du procès Esterhazy et le prononcé du huis clos qui ne permet pas à Picquart de se laver publiquement des accusations que porte contre lui l’acte d’accusation lu en audience publique, Zola décide d’ajouter un paragraphe à son manuscrit et passe pour cela voir son éditeur, rue de Grenelle, et lui transmet le passage à ajouter. Les deux hommes (ce qui nous fait penser au 11 au matin plutôt qu’au 10 dans la nuit) se rendent chez Maretheux, l’imprimeur, à quelques rue de la librairie Charpentier, rue Cassette, porter le passage à la composition. Zola attend les épreuves, les corrige et apporte 9 minimes corrections. Peu après cette visite, Zola, convaincu qu’un procès de presse serait plus efficace encore décide de retenter sa chance à L’Aurore et va voir Vaughan et Clemenceau[26] qui acceptent la proposition. Zola fixe rendez-vous à Vaughan pour le lendemain à onze heures, chez lui, rue de Bruxelles, se laissant ainsi le temps de récupérer son manuscrit dans le cas où il ne pourrait voir immédiatement Fasquelle. Il retourne voir son éditeur, le trouve, l’informe du changement de stratégie, lui demande de lui restituer pendant quelques jours le manuscrit et d’achever l’impression de la brochure, sur un tirage inférieur aux précédentes, 10 000 exemplaires qui serviront à la propagande. Il lui demande alors, dans cette perspective, de supprimer la mention de prix sur la couverture. Sur le retour, à proximité de son domicile, Zola, le manuscrit en mains, dépose pour Vaughan un pneumatique à la poste du boulevard de Clichy afin d’avancer d’une heure le rendez-vous précédemment fixé. Dans les heures qui suivent, ou le lendemain, Fasquelle informe son imprimeur de la nécessité de supprimer sur la couverture la mention de prix et, l’impression totale achevée, ramenée à 10 000 exemplaires, fait envoyer le tirage au brocheur. Pendant ce temps, Zola recopie son manuscrit[27]. Le 12 à dix heures, Vaughan passe chez Zola et prend connaissance du manuscrit qui le soir même est composé et imprimé. Vaughan rapportera-t-il le manuscrit au journal comme le laisse entendre la lettre et dont se souviendra Urbain Gohier[28] ? Zola envoya-t-il le texte comme le dira Vaughan dans ses souvenirs[29] ? Bernard Lazare le porta-t-il comme s’en souviendra Bodley présent le soir du 12 à L’Aurore[30] ? Nous ne le saurons jamais. Mais il semble dans tous les cas douteux que Zola, comme le dira Laborde[31], l’apporta lui-même et en donna lecture à l’assemblée comme le racontera avec lyrisme Reinach[32]. Aucun témoin ne s’en souviendra et Gohier ne parlera que d’une simple transmission des épreuves, sans lecture collégiale[33].
Demeure une dernière question dont la réponse sera notre conclusion. Alain Pagès a bien sûr raison : « J’Accuse… ! » est l’œuvre d’un seul homme et d’un homme seul. Même si la « formule » avait été quelques années plus tôt tentée[34], même si le « j’accuse » anaphorique se trouvait dès 1896 dans la première version, demeurée inédite, du mémoire de Bernard Lazare en défense de Dreyfus et dont on ne peut douter qu’il ait eu connaissance[35], Zola a signé avec « J’Accuse… ! » un indiscutable chef-d’œuvre qui ne doit rien à personne. Mais cela dit, point sur lequel il n’est pas nécessaire de discuter, c’est peut-être justement cette question de l’« homme seul » qui importe ici. Pour donner toute sa valeur au « cri de colère indigné[36] », pour ne pas donner un argument supplémentaire à ceux qui avaient intérêt à parler d’un « Syndicat », pour n’avoir pas peut-être à entrer dans des discussions vaines avec la frange légaliste que pouvait représenter un Scheurer-Kestner[37], il fallait que Zola agît seul, donnât l’impression de s’engager individuellement, en toute indépendance des dreyfusards, et de le faire spontanément. Car si, en effet, Zola ne parla de sa décision et de son article ni à Scheurer-Kestner ni à Mathieu[38], il en avait pensé la stratégie avec Leblois et ce n’est pas à la première personne qu’il lui écrivait, le 6, quand il lui annonçait que Clemenceau était « prêt à faire ce que nous désirons de lui ». Leblois était certes ici l’avocat, le conseil. Zola comme il le dit dans ses « Impressions d’audiences », avait tout « calculé », s’était « fait donner le texte de loi », savait ce qu’il risquait[39]. Mais il appliquait ici, avec l’aide et les conseils de Leblois, une stratégie pensée bien en amont, celle, comme le dit Reinach, de la nécessité d’« amener l’affaire devant des juges civils, au grand jour de la Cour d’assises[40] ».  Une décision qui ne datait pas du 4 ou du 5 janvier – le temps de s’entendre avec Leblois et de voir Clemenceau pour lui parler de son projet le 6 – mais bien avant. À la mi-décembre 1897, Zola, en une interview inédite que nous avons récemment retrouvée[41], pouvait ainsi déclarer à un journaliste du Daily Telegraph : « Si toutefois, rien n’était fait, et que, les questions restent comme elles l’étaient avant que l’affaire ne fût révélée, des mesures à adopter seraient considérées par les amis de Dreyfus et il serait possible que l’affaire soit, de quelque manière, amenée devant un tribunal civil[42]. » Peu d’amis de Dreyfus le voulaient ; Zola, lui, le fera, s’offrant pour la cause et lui permettant de ne pas être ensevelie après l’acquittement d’Esterhazy. « Je ne suis qu’une occasion », écrira-t-il sobrement et superbement dans ses « Impressions d’audiences »[43].

 

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[1] La Vérité en marche, Paris, Eugène Fasquelle éditeur, Bibliothèque-Charpentier, 1901, p. [72].

[2] Discours d’Alexis cité dans A. Darthèze, « Le Banquet de Levallois-Perret. Anniversaire de J’Accuse », L’Aurore 13 janvier 1899.

[3] Charles Danielou, Dans l’intimité de Marianne, Paris, Éditions Musy, 1945, p. 15. Danielou rapporte que Zola avait présenté son article comme devant paraître « le lendemain ». Pourtant, à la suite, il se souvient qu’il s’agissait d’un « samedi », jour de réception d’Heredia chez qui il était passé ensuite. Il ne peut donc s’agir que du 8 janvier.

[4] Eugène Fasquelle, « Il y a un demi-siècle », dans Émile Zola, « J’Accuse… », Paris, Fasquelle éditeurs, Édition du Cinquantenaire, p. 7-9.

[5] Alain Pagès, Émile Zola. De J’accuse au Panthéon Paris, Lucien Souny, 2008, p. 91.

[6] « Impressions d’audiences », dans Zola, œuvres complètes, Chroniques et polémiques II, Paris, Cercle du livre précieux, 1970, p. 1109.

[7] Que confirme le témoignage d’Alexis (cité dans A. Darthèze, « Le Banquet de Levallois-Perret. Anniversaire de J’Accuse », L’Aurore 13 janvier 1899). Notons toutefois que dans ses « Impressions d’audiences », il écrira : « […] mon optimisme, ma certitude qu’on ne pouvait acquitter Esterhazy » (ibid., p. 1109)

[8] « Sigismond Lacroix, « Procès mystérieux », Le Radical, 9 janvier 1898.

[9] « Le conseil peut ordonner le huis clos, soit d’office, soit sur les réquisitions du ministère public. / Et le commissaire du gouvernement peut recevoir, à ce sujet, des instructions précises du ministre de la guerre, son supérieur hiérarchique. / Le huis clos commence avant ou après la lecture de l’ordre de mise en jugement, mais il doit finir, au plus tard, après que les débats son clos. […] »

[10] Voir par exemple la lettre de Reinach à Billot du 7 janvier publiée reprise dans Reinach, Vers la Justice et la Vérité, Paris, P.-V. Stock, éditeur, 1898, p. 101.

[11] Voir lettre à Vaughan du 1er juin 1899, dans Zola, Correspondance ix, 1897-1899, Montréal/Paris, Les Presses de l’Université de Montréal/Éditions du CNRS, 1993, p. 488-489.

[12] Nous n’avons pas ici tenu des comptes des variations de ponctuation sauf quand elles réorganisent la phrase.

[13] Houghton Library, Ms Judaica 1, f. 84. Il ne peut en aucun cas dater du 7, comme le dit une mention manuscrite postérieure au verso. Le cachet de la poste, en partie effacé, ne laisse apparaître que le « 1 » du quantième. La date du 11 proposée par les éditeurs de la correspondance (Correspondance ix, 1897-1899, op. cit., p. 146) s’impose.

[14] Jean Ajalbert, « L’amnistie », Les Droits de l’homme, 28 octobre 1899.

[15] En témoigne, par exemple, un exemplaire que nous possédons et qui fut renvoyé à Zola en l’agrémentant de doux messages : « Vieux cochon va baiser les fesses à Umberto » ; « Eh vieux cochon va te faire introduire un nœud de taureau dans ton sale cul » ; « Merde pour toi vieux salaud » ; « Zola va te filer un fer rouge dans le cul »…

[16] Trente années d’amitié, 1872-1902 : lettres de l’éditeur Georges Charpentier à Emile Zola, Paris, PUF, 1980, p. 128, note 1.

[17] Publiée dans Le Petit Bastiais, 20 mars 1898. Nous corrigeons ainsi une erreur commise dans notre Histoire de l’affaire Dreyfus de 1894 à nos jours, op. cit., p. 515, note 402.

[18] Publiée dans Zola, Correspondance ix, 1897-1899, op. cit., p. 130.

[19] Discours de Clemenceau au Sénat. Journal officiel. Débats parlementaires, Sénat, 12 décembre 1906, p. 1110. Repris dans La Révision du procès de Rennes (15 juin 1906-12 juillet 1906). Débats de la Cour de cassation, Paris, Ligue française pour la défense des droits de l’homme, 1906, t. II, p. 650.

[20] Idem.

[21] La Vérité en marche, op. cit., p. [72].

[22] Vaughan, Souvenirs sans regrets, Paris, Félix Juven éditeur, [1902], p. 71.

[23] Pour mémoire : « […] il désire causer avec vous, et je lui ai promis que nous serions tous les deux chez lui, ce soir, à cinq heures et demie ».

[24] Nous avons volontairement jusqu’à présent laissé de côté cette information importante qui pourrait expliquer l’urgence dans laquelle se trouvait Zola d’écrire son article. Zola en parlera dans ses « Impressions d’audiences », op. cit., p. 1109.

[25] Selon Albert Laborde qui évoque « la nuit de veille où Zola écrivit sa lettre fameuse » et « ce matin […] pendant qu’Émile écrivait encore » (Trente-huit années près de Zola. La vie d’Alexandrine Zola, Paris, Les Éditeurs Français Réunis, 1963, p. 123). Laborde place cet épisode au lendemain du procès Esterhazy, ce qui est, on le sait, rigoureusement impossible.

[26] La visite à Clemenceau est confirmée par Reinach dans son Histoire de l’affaire Dreyfus (Paris, Robert Laffont, Bouquins, 2006, p. ????), qui la date toutefois de la veille ce qui semble peu probable.

[27] Un autre manuscrit, perdu. Car celui-ci que nous connaissons est celui de Fasquelle (voir son édition de 1948) et n’a pas servi pour l’impression en journal comme l’indique l’absence des habituelles indications de composition au crayon bleu.

[28] La Vrai figure de Clemenceau, Paris, éditions Baudinière, 1932, p. 16.

[29] Souvenirs sans regrets, op. cit., p. 71.

[30] Lettre de John Edward Courtenay Bodley à Reinach du 22 avril 1907 (BNF n.a.fr. 13571 f. 184 v°). Il se souviendra avoir « été par hasard dans le cabinet de Clemenceau lorsque Bernard Lazare lui a apporté la fameuse lettre “J’accuse” ».

[31] Trente-huit années près de Zola. La vie d’Alexandrine Zola, op. cit., p. 123.

[32] Joseph Reinach, Histoire de l’affaire Dreyfus, op. cit., t. I, p. 834.

[33] La Vraie figure de Clemenceau, op. cit., p. 16-17 et Robert Dreux, « La petite histoire. Qui a écrit “J’accuse… !” » », L’Ordre, 15 janvier 1935.

[34] Paschal Grousset, en juin 1894, avait écrit au président du Conseil une lettre contre le général de Galliffet. Il y disait : « Je l’accuse d’avoir forfait à l’honneur, d’avoir trahi l’intérêt national, d’avoir commis le crime de lèse-patrie en déclarant… » et plus loin : « J’accuse, après l’unanimité de la presse française, le commandant d’armée qui a proféré… ». Et il concluait par : « Je commets sciemment, en signant ces lignes, le délit d’outrage et de diffamation contre un général commandant d’armée fonctionnaire public, dans l’exercice de ses fonctions et à l’occasion de l’exercice de ses fonctions. / Je mets au défi M. de Galliffet de demander au gouvernement d’ordonner des poursuites devant la cour d’assises où la preuve est admise et où je l’apporterai » (presse des 6 et 7 juin 1894).

[35] Voir notre article intitulé : « Autour de “J’accuse”. Quelques documents inédits » (Les Cahiers naturalistes, n° 72, 1998, p. 167-173 et notre Histoire de l’Affaire Dreyfus de 1894 à nos jours, Paris, Les Belles Lettres, 2014, p. 210-213). Pour mémoire, dans cette version de 1896 refusée par la famille Dreyfus et demeurée inédite, Lazare écrivait : « Quant à moi, j’accuse le général Mercier, ancien ministre de la Guerre, d’avoir manqué à tous ses devoirs, je l’accuse d’avoir égaré l’opinion publique, je l’accuse d’avoir fait mener dans la presse une campagne de calomnies inexplicables contre le Capitaine Dreyfus, je l’accuse d’avoir menti. J’accuse les collègues du général Mercier de ne pas avoir empêché cette iniquité, je les accuse d’avoir aidé le ministre de la Guerre à entraver la défense, je les accuse de n’avoir rien fait pour sauver un homme qu’ils savaient innocent ». Concernant cette question, notre proposition est que Lazare aurait confié à Zola sa trouvaille dont il n’aurait pas usage. Toutefois, voulant pour l’histoire en revendiquer la paternité – soucieux toujours, comme il l’avait écrit pour lui-même de rappeler à tous « que […] tous les dreyfusards […] n’ont fait que répéter ce qu[’il] avai[t] dit » –, il publiera quelques jours avant « J’Accuse… ! » Comment on condamne un innocent dans lequel figuraient deux « j’accuse ». À Reinach, qui lui demandera plus tard ses souvenirs sur l’Affaire, il expliquera ainsi qu’il avait publié, « avant le J’accuse de Zola, ma brochure : Comment on condamne un innocent. J’y accusai Mercier, du Paty, etc. » C’est ainsi, sans doute, que Gohier à qui avait été aussi montrée en 1896 cette première version, pourra à plusieurs reprises, avant de revenir ses propos, écrire que : « Le J’accuse avait été dicté ou inspiré de très près à Zola par le juif Bernard Lazare, véritable artisan de la révision dreyfusiste, qui m’en avait entretenu au Soleil dès 1896, et qui avait cherché un homme en vue hors de la politique pour endosser son enquête » (La Vraie figure de Clemenceau, op. cit., p. 16).

[36] « Impressions d’audiences », op. cit., p. 1109.

[37] Qui, comme beaucoup de dreyfusards, condamnera d’ailleurs le « J’Accuse… ! » Voir à ce propos notre Histoire de l’affaire Dreyfus de 1894 à nos jours, op. cit., p. 587-588.

[38] Ibid., p. 586.

[39] « Impressions d’audiences », op. cit., p. 1109.

[40] Joseph Reinach, Histoire de l’affaire Dreyfus, op. cit., t. I, p. 834.

[41] Et pour la première fois citée dans notre Histoire de l’affaire Dreyfus de 1894 à nos jours.

[42] « Paris day by day. M. Zola and Dreyfus », The Daily Telegraph, 16 décembre 1897.

[43] Op. cit., p. 1111.

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