Dans un récent article publié dans Le Monde au sujet de Boualem Sansal et de son passage chez Fayard, Raphaëlle Rérolle et Nicole Vulser, auteures de l’article, citent Alexandre Wickham, directeur éditorial de la non-fiction chez Albin Michel, qui, évoquant « la liste des ingratitudes littéraires », nous parle de
celle d’Alfred Dreyfus avec son éditeur Pierre-Victor Stock, qui s’était impliqué comme personne dès 1896, dans le combat du dreyfusisme. Mais dès qu’il a été réhabilité, Alfred Dreyfus l’a quitté pour un autre éditeur…
Est-il vraiment nécessaire de rappeler non seulement que Cinq années de ma vie fut publié chez Fasquelle en 1901, soit cinq ans avant la réhabilitation mais encore qu’Alfred Dreyfus n’a jamais quitté Stock puisque cinq années de ma vie était son premier et seul ouvrage ! Stock qui en effet s’était jeté sans crainte et au mépris de tous les dangers dans la bataille et avait publié un nombre considérable de livres et de brochures dreyfusards aurait aimé que Dreyfus lui proposât ses souvenirs. Une édition qui lui aurait permis, pensait-il, de renflouer sa maison d’édition qui connaissait alors de très sérieuses difficultés. Dreyfus fit un autre choix, qui n’appartient qu’à lui, et préféra s’adresser à une maison d’édition tout aussi dreyfusarde mais plus importante. Il n’est donc peut-être pas nécessaire, aujourd’hui, en y ajoutant quelques erreurs, de reprendre ce couplet injuste et faux du manque de reconnaissance, cette reconnaissance, comme l’écrivait Mathieu Dreyfus cette même année 1901 à un autre propos, « qu’on nous rend aujourd’hui si pesante, jusqu’à en étouffer ».