Archives mensuelles : juillet 2019

Dreyfus général à titre posthume ?

À l’occasion de la cérémonie de commémoration de la Rafle du Vel’d’Hiv’, FLorence Parly, ministre des Armées, a fait allusion à l’Affaire. Elle a déclaré que « 120 ans après le procès de Rennes, les Armées [devaient] regarder leur histoire en face » :

120 ans plus tard, il est encore temps que les Armées redonnent à Alfred Dreyfus tout l’honneur et toutes les années qu’on lui a ôtés. Et j’y veillerai personnellement.

Dreyfus restitué dans le grade qui aurait dû être le sien si sa carrière n’avait pas été arrêtée par l’inique condamnation qui l’avait frappée en 1894, puis encore en 1899, puis surtout, au moment de sa réhabilitation, par le mauvais calcul de son ancienneté, effaçant ainsi d’un simple revers de main les années passées à l’île du Diable ? Le grade qui lui fut alors donné (celui de commandant) n’était pas une « maigre compensation » comme le dit la ministre. Il était une nouvelle et dernière injustice parce que le datant du jour du vote de la loi et non de celui où il aurait dû prendre effet, il plaçait Dreyfus sous-ordre de ses anciens subordonnés et lui fermait définitivement la porte du généralat. En votant cette loi, les députés ne prirent pas conscience qu’ils commettaient une terrible injustice. Le gouvernement qui en était à l’origine pas plus. Clairement, sa volonté était, ainsi que le précisait le projet de loi, de « replacer le capitaine Dreyfus dans la situation où il se retrouverait s’il avait poursuivi normalement le cours de sa carrière. » Et le rapporteur Messimy pouvait se féliciter d’une « mesure équitable et juste ». Une erreur avait simplement été commise…
Sans doute ne serait-ce que justice de restituer aujourd’hui Dreyfus dans le grade qui aurait dû être le sien à la fin de sa carrière, sans la terrible Affaire. Mais n’est-elle pas là, la « maigre compensation » ? Si, en 1906, Dreyfus avait été réintégré avec le grade de lieutenant-colonel, comme le dit la ministre par erreur, justice aurait été alors rendue à l’innocent. Et c’est ce que demandèrent d’ailleurs quelques amis du capitaine, en 1907, et que refusèrent net le président du Conseil et le ministre de la Guerre, deux grands dreyfusards auxquels la ministre rend hommage : Clemenceau et Picquart. « Figurez-vous […] qu’il veut être nommé Lt-Colonel, cet animal-là », avait alors dit Picquart…

Ici le texte intégral du discours

Dreyfus à l’Institut Universitaire Européen Rachi

À partir de septembre 2019, le jeudi, de 17 à 19 heures :

Sous la direction de Jean-Michel Pottier

Toute l’affaire Dreyfus dépend de l’écrit : du bordereau accusateur au J’Accuse d’Émile Zola, des articles de presse aux romans fondés sur l’histoire de l’Affaire, des lettres de Dreyfus à celles de Zola, de la sténographie du procès aux thèses développées ici ou là. Cette dimension de l’écrit n’est pas sans signification. L’écrit fixe le réel, l’écrit scénarise le réel, l’écrit installe une mémoire, l’écrit appelle une lecture et donc une interprétation.

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