Quelques inédits relatifs à l’affaire Dreyfus

Quelques inédits relatifs à l’affaire Dreyfus

Trouvée sur internet, cette notice d’un catalogue d’une vente de 2013 (vente Ader du 27 juin 2013, lot 268).

Un bel ensemble. On portera une attention particulière à la lettre à une amie de Picquart, lettre de 1901, qui illustre ce que je disais dans mon post en réponse au livre de Robert Harris…

(voir ici)

Affaire Dreyfus. L’Affaire Dreyfus. Le Procès Zola devant la Cour d’Assises de la Seine et la Cour de Cassation (7 février-23 février – 31 mars-2 avril 1898). Compte-rendu sténographique “in extenso” et documents annexes (Paris, aux bureaux du Siècle et P.-V. Stock, 1898) ; 2 tomes in-8 reliés en un fort volume maroquin rouge, cadre de 4 filets à froid sur les plats, dentelle intérieure, tête dorée, couvertures et dos conservés, étui (Devauchelle).Première édition, un des rares exemplaires tirés sur papier vergé de Hollande, truffé de six documents originaux des principaux protagonistes. Le livre a été publié après l’arrêt cassant la condamnation pour diffamation de Zola, auteur du fameux « J’accuse ! ». * Marie Charles Ferdinand Esterhazy (1847-1923). L.A.S. à un ami (1 page et demie in-8). « Je suis très touché de votre sympathie dans l’horrible épreuve que je subis, elle m’a été au cœur. […] Vous ne pouvez vous figurer les monstrueuses machinations dont je suis l’objet, lorsque je pourrai les dire, et les prouver, tout ce qui est chrétien sera épouvanté de voir enfin le juif ce qu’il est. Pardon de ne pas vous écrire plus longuement, mais je n’ai pas une minute à moi et ma tête éclate dans cette horrible angoisse où je souffre comme jamais peut-être n’a souffert une créature humaine »… * Georges Picquart (1854-1914). 2 L.A.S. à une dame (4 et 2 pages in-8). Paris 31 janvier 1901. Son témoignage de sympathie le touche à un moment où il éprouve quelque amertume, mais il n’a pas le moindre regret : « Si j’étais rentré dans l’armée par cette petite porte que Mr Waldeck-Rousseau laissait sournoisement ouverte de façon à ce que ma réintégration n’engageât pas la responsabilité du gouvernement, j’aurais souscrit en fait à tout ce qui a été accompli à Rennes et depuis. J’aurais pour ainsi dire mis ma signature, … avec bien d’autres ! au bas de tous ces marchandages qui ont eu pour objet de sauver d’abominables criminels en échange d’une grâce trop facilement acceptée. Je ne refuse pas de rentrer dans l’armée ; mais j’y veux rentrer par la grande porte, et n’y pas retrouver comme supérieurs ou subordonnés des faussaires, des parjures et des traîtres. […] si j’avais eu la faiblesse de pactiser avec les politiciens qui ont donné à cette affaire Dreyfus une solution si monstrueuse et si immorale, je vous avoue que j’aurais perdu quelque chose de cette sérénité et de ce contentement intérieur que rien ne saurait remplacer »… Plancy 3 août 1906. « Vous avez dû être étonnée d’apprendre que l’“Affaire” avait obtenu sa solution définitive. Cela avait tant traîné par suite de la lâcheté des uns, de l’indifférence des autres ! Comme toujours les gros coupables ont échappé ; mais il faut nous féliciter d’avoir vu enfin réhabiliter l’innocent. Le scandale de Rennes avait montré que malgré les efforts faits ce n’était point chose facile »… Quant à lui, il a repris son ancien métier après une interruption de près de 9 ans, comme s’il l’avait quitté la veille : « La nature humaine est singulière et routinière »… * Alfred Dreyfus (1859-1935). L.A.S., 9 février 1910 (1 page in-8, déchirée et recollée). « Mon fils Pierre Dreyfus, de la classe de Centrale a été puni de 3 heures de consigne par M. Lamaire pour le motif suivant : Entame ostensiblement un petit pain, au moment de rentrer en classe. Mon fils ayant été puni, était dans la cour, j’estime qu’il y avait le droit de manger son pain et que le motif n’est pas justifié. Je vous serais donc très reconnaissant de vouloir bien lui faire lever sa punition »… * Louis Norbert Carrière (1833-1919, capitaine, commissaire du gouvernement près le Conseil de guerre de Rennes lors de la révision du procès Dreyfus en 1898). L.A.S. à un avocat, Rennes samedi (1 p. in-8, en-tête 10e Corps d’Armée. Conseil de Guerre. Le commissaire du gouvernement). « 34 témoins m’ont été notifiés par la défense. Parmi ceux-là, six se sont fait excuser : Bourgeois, Dreyfus (grand rabbin de Paris), Havet, Émile Picot, Brisson, Fischer »…  * Émile Zola. P.A.S. (1 page in-8) : « La vérité est en marche, et rien de l’arrêtera ». Sous Zola, ont signé les trois défenseurs de Dreyfus : Edgar Demange, Fernand Labori et Albert Clemenceau ; Ludovic Trarieux, ancien ministre de la Justice qui demanda la révision du procès du capitaine ; Édouard Grimaux, de l’Institut, professeur à Polytechnique, signataire d’une pétition à la Chambre et témoin pour la défense ; Émile Duclaux, professeur à la Faculté des sciences, directeur de l’Institut Pasteur, pétitionnaire et témoin pour la défense ; le colonel Georges Picquart ; et Georges Clemenceau, rédacteur à L’Aurore, inventeur du titre « J’accuse ! », soutien indéfectible de Dreyfus et de Zola.

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