Adrien Abauzit à Radio Courtoisie

On continue…

2’20. Dreyfus innocent, Esterhazy coupable n’est pas le dogme républicain mais la vérité historique.

2’40. Il n’y a pas d’antisémitisme dans l’armée puisqu’à l’époque de l’Affaire, il y avait 300 officiers israélites dans l’armée française dit Adrien Abauzit. Nous sommes heureux de voir qu’Adrien Abauzit a corrigé l’erreur (empruntée sans vérification à Monique Delcroix) de son livre : 10 % d’officiers israélites dans l’armée française ; soit : pour 28 000 officiers, 3 000 officiers israélites ! Il y en avait bien 300 en effet mais que prouve ce chiffre et qu’est donc ce raisonnement ? Eût-il fallu qu’il n’y en eût aucun pour qu’on puisse parler d’antisémitisme ? Ce serait dans ce cas un antisémitisme d’État comme en Allemagne où la carrière militaire était fermée aux juifs. En France, tel n’était pas le cas, et la possibilité d’entrer dans la carrière d’officier en passant par les écoles (Saint-Cyr, Polytechnique, etc.) explique en grande partie que le nombre d’officiers israélites put ainsi passer un peu avant l’Affaire de 2 à 10 pour mille. Certes, les officiers juifs connurent pour la plupart un avancement normal et quelques-uns (plus que rares, à vrai dire) devinrent généraux. Mais cela n’empêche aucunement (et il faut lire les travaux du général Bach, de Pierre Birnbaum, de William Serman, de Jérôme Hélie) que bon nombre d’officiers, issus ou non de la rue des Postes, étaient antisémites…

3’03. Le fait que Dreyfus soit entré à l’État-major n’est aucunement le signe que « l’armée n’était pas structurellement antisémite » mais qu’il avait eu à l’École de Guerre le classement nécessaire pour y entrer. Les 10 premiers y entraient et Dreyfus avait été classé 9e. Un classement inattendu d’ailleurs dans la mesure où il s’était vu attribuer, lui comme son condisciple Picard, autre juif, par le général de Bonnefond, un 5 à la note dite « cote d’amour », note subjective d’appréciation d’aptitude au service d’état-major… Un 5 qui ferma la porte de l’Etat-major à Picard qui passa au-delà de la 10e place mais pas à Dreyfus qui, mauvais calcul, passait de la 5e à la 9e.

3’20. « S’il y avait des individus [antisémites] on ne peut pas dire que structurellement l’armée française était antisémite ». Elle ne l’était pas, « structurellement », parce qu’elle ne pouvait l’être dans une République qui considère ses fils comme étant tous égaux… Une réalité dont souffrirent beaucoup d’officiers supérieurs, monarchistes, nationalistes, antisémites, qui devaient « faire avec » puisque telle était la loi… Elle ne pouvait donc l’être « structurellement » mais le préjugé y était, fort, répandu… Du Paty de Clam, d’ailleurs, dans ses souvenirs inédits (qu’Adrien Abauzit aurait pu lire en allant en bibliothèque), raconte que son chef, le général Delanne, lui avait dit peu avant l’Affaire, quand la possibilité de la venue d’un stagiaire juif à l’État-major s’était présentée : « Pas de Juif ici ! »…

3’29. La confrontation des pièces du dossier. Tout avocat qu’il soit, Adrien Abauzit ne peut nous dire qu’il a confronté les pièces du dossier qu’il a lues en partie et qu’il a vite lues… Il ne cite jamais, dans son ouvrage, que celles de l’accusation, passe sous silence celles de la même source qui contredisent sa thèse (voir https://affaire-dreyfus.com/2018/10/12/un-ersatz-du-dutrait-crozon-laffaire-dreyfus-entre-farces-et-grosses-ficelles-dadrien-abauzit/) et ne fait jamais (ou à de si rares reprises) mention de celles de la défense.

4’55. Monsieur de Latour, le bordereau ne démontre aucunement qu’il y a un traître à l’État-major mais qu’il y a un traître dans l’armée française… La différence est de taille. Et le bordereau dit même qu’il ne peut émaner de l’État-major : pourquoi son scripteur aurait-il écrit, si ce n’était le cas, à propos du manuel d’artillerie, que, « extrêmement difficile à se procurer » il ne pouvait l’avoir à sa « disposition que très-peu de jours. Le ministère de la guerre en a envoyé un nombre fixe dans les corps et ces corps en sont responsables, chaque officier détenteur doit remettre le sien après les manœuvres ? » Seul un officier de troupe pouvait écrire cela… Dommage qu’Adrien Abauzit, qui confronte, n’ait rien confronté à ce sujet et ait préféré passer sous silence cette évidence.

5’44. Jean Jaurès ne réclama jamais la peine de mort… Il fut toujours, comme 99 % des socialistes, contre ! Il déposa, « au nom de [s]es collègues socialistes », une proposition de loi visant, dans la mesure où un officier convaincu de trahison avait eu la vie sauve, à ce que les soldats ne soient plus passibles de la peine de mort pour le moindre manquement à la discipline. Il faudrait vraiment arrêter ces raccourcis vertigineux.

7’13. « Incise »… Non Adrien Abauzit : une parenthèse, une précision, etc.

7’56. Monsieur de Latour, Dreyfus n’a jamais demandé sa grâce. On le lui a offert, il n’en voulait pas et l’accepta finalement…

8’35. La cassation sans renvoi. Elle n’est pas sans raison et ce n’est aucunement un scandale ou une violation du droit… La chose est trop longue à développer ici et nous nous permettons de renvoyer à un ouvrage qui fait le point sur la question : L’Affaire Dreyfus de 1894 à nos jours par Philippe Oriol (Les Belles Lettres, 2014).

11’50. Puisqu’il était question dans le bordereau du canon de 120, le traître devait être passé par l’école de Pyrotechnie et seul Dreyfus y était passé, dit Adrien Abauzit. Dreyfus était certes passé par l’école de Pyrotechnie de Bourges mais de septembre 1889 à avril 1890, autrement dit 4 ans avant l’Affaire. En fait, le bordereau n’a jamais parlé du canon de 120 en soi mais du « frein hydraulique du 120 et [de] la manière dont s’est conduite cette pièce ». Et à vrai dire, non pas du frein hydraulique qui n’était pas le sujet mais du frein hydropneumatique (confusion qu’un artilleur ne pouvait faire). Un frein qui n’a été fabriqué que bien plus tard et dont, dira le commandant Baquet, « les premiers dessins exacts et complets […] ne sont sortis de la fonderie que le 29 mai 1894, où ils ont été envoyé au Ministère pour l’établissement des tables de construction du canon court. » Quant à la première décision de faire des essais – la seule qui compte pour dire comment s’était comporté le frein –, elle ne datait pas du passage de Dreyfus à l’école de Pyrotechnie mais du 13 février 1894, avait été confirmée le 16 mai 1894, et les essais prescrits avaient eu lieu pendant les écoles à feu. Des écoles à feu (5 au 9 août 1894) auxquelles n’assista pas Dreyfus mais auxquelles assista Esterhazy… tiens donc… C’est à ce résultat qu’Adrien Abauzit aurait dû parvenir s’il avait confronté les faits et les documents…

12’37. Dreyfus fréquentait des espionnes. Si Dreyfus eut en effet quelques fréquentations féminines, le fait qu’elles fussent espionnes n’a jamais pu être prouvé. Heureusement qu’Adrien Abauzit est avocat et non pas procureur…

12’46. Les nombreux témoignages contre Dreyfus. Ils furent en effet nombreux ces témoins qui trouvaient que Dreyfus travaillait tard, posait des questions, etc. un peu comme le ferait un bon élève qui veut réussir. Après la réhabilitation, un des camarades qui avait fait partie de ces témoins, écrira à Dreyfus pour expliquer son attitude de 1894 : « Quand, en 1894, le sous-chef d’état-major nous réunit pour nous dire que tu étais coupable et qu’on en avait les preuves certaines, nous en acceptâmes la certitude sans discussion puisqu’elle nous était donnée par un chef. Dès lors nous oubliâmes toutes tes qualités, les relations d’amitié que nous avions eues avec toi pour ne plus rechercher dans nos souvenirs que ce qui pouvait corroborer la certitude qu’on venait de nous inculquer. Tout y fut matière. »

13’20. Le caractère affligeant de la défense. Comment Adrien Abauzit peut-il connaître cette défense d’un procès à huis-clos dont, par définition, ne demeure rien ? Quelle blague !

13’35. La dictée. Dreyfus n’a jamais changé son écriture et il suffit de voir le document pour en être sûr (voir https://affaire-dreyfus.com/2018/10/12/un-ersatz-du-dutrait-crozon-laffaire-dreyfus-entre-farces-et-grosses-ficelles-dadrien-abauzit/). L’avocat de Dreyfus, Demange, a reconnu cette courbe de l’écriture que ne permet pas de voir l’original, c’est vrai. Mais toute sa plaidoirie de Rennes reposait sur le fait de ne jamais contredire les militaires et s’ils avaient vu une courbe, il était prêt à la voir aussi. Quant à Dreyfus, il ne l’a jamais reconnue. Adrien Abauzit doit non seulement ne plus se contenter de dire qu’il confronte les textes mais le faire et surtout ne pas y lire ce qui n’y est pas écrit. Voici exactement ce que dit Dreyfus à Rennes : « Quand le commandant du Paty de Clam m’a fait la dictée, au bout d’un certain nombre de mots, il m’a demandé : “Qu’avez-vous ? Vous tremblez ?” Je ne tremblais pas du tout. L’interpellation m’a paru tout à fait insolite. Faites une interpellation pareille à quelqu’un qui est en train d’écrire, et vous verrez. L’interpellation m’a donc paru insolite. J’ai cherché dans mon esprit pourquoi cette interpellation. Je me suis dit “Il est probable que c’est parce que j’écris lentement, et en effet, j’avais les doigts raidis. Il faisait froid dehors ; c’était le 15 octobre, et il faisait si froid qu’il y avait, il faut bien vous le rappeler, un très grand feu allumé dans le cabinet du chef d’État-major. Je pensais que l’interpellation provenait de ce que j’avais écrit lentement, et c’est précisément parce que j’avais les doigts raidis. C’est pour cela que j’ai répondu “J’ai froid aux doigts”, mais l’interpellation me paraissait tout à fait insolite. » Dreyfus ne reconnaît aucunement avoir changé son écriture. Enfin, relativement à la température, il faisait ce matin-là 9°, ce qui est froid surtout dans les grands appartements de la rue Saint-Dominique ce qui justifiait justement le grand feu dont parle Dreyfus et que personne ne contredira. Pour finir un dernier point. Adrien Abauzit voit dans ce document ce que Du Paty y a vu. Mais il ne faut pas oublier que cette dictée était une mascarade et que contrairement à ce qu’avait dit Du Paty au ministre – à savoir que si l’expérience n’était pas concluante, il n’arrêterait pas Dreyfus –, Mercier lui en avait donné l’ordre. Car le 14, veille de la dictée, Mercier avait signé l’ordre d’arrestation, officiellement confié l’instruction à Du Paty, nommé officier de police judiciaire, et annoncé à Forzinetti, directeur du Cherche-Midi, la visite, pour le lendemain matin 1 heure, du lieutenant-colonel d’Aboville chargé de lui faire « de [sa] part une communication confidentielle ». Dreyfus devait donc se troubler…

16’24. L’hypothèse Esterhazy : farfelue ! Le petit bleu est faux parce qu’il n’est pas signé, qu’il n’est pas de l’écriture de Schwartzkoppen et parce qu’il n’est pas timbré. Tout d’abord, puisqu’il a été trouvé dans la poubelle de l’ambassade d’Allemagne, il ne pouvait être timbré, sans quoi il eût été extraordinaire qu’il s’y trouvât. Comment parti de l’ambassade et arrivé chez Esterhazy aurait-il pu revenir à l’ambassade ? Adrien Abauzit reprend ici encore l’argumentaire de l’accusation mais devrait réfléchir un peu, juste un peu, et un peu plus que ne le firent ses prédécesseurs dont il récupère en se les appropriant les arguments… Pour le reste, c’est justement la meilleure indication de sa véracité. Il n’est pas timbré et est déchiré par ce que finalement il ne fut pas envoyé (d’où sa présence dans la poubelle de l’ambassade), il n’est pas signé parce qu’on signe rarement quand on écrit à un espion et s’il n’est pas de l’écriture de Schwartzkoppen, il pouvait l’être de celle d’un (un, pas « une ») de ses secrétaires. Car enfin, s’il était un faux, réalisé par Picquart comme le soutient Adrien Abauzit, pourquoi faire un document qui pouvait ainsi ouvrir à la discussion ? N’eût-il pas été plus simple, dès le départ, de faire imiter l’écriture de Schwartzkoppen, de signer le faux de son nom, de ne pas oublier l’oblitération, de ne surtout pas le mettre dans les cornets de la Bastian et de faire croire qu’il avait été saisi à la poste ou mieux même, puisqu’Esterhazy était complice, de le lui envoyer ? Et puisqu’il s’agissait de sauver Dreyfus, n’aurait-il pas été aisé et surtout judicieux de ne pas oublier d’y mettre une phrase d’une grande clarté sur son innocence ?

18’16. L’exemple de la lettre de Macron. Si Adrien Abauzit, comme il l’a fait sur Patrioteinfo, nous montre une lettre de Macron, d’une autre écriture, non signée et non timbrée, il s’agira en effet d’un faux. Mais si cette lettre est trouvée dans la poubelle de Macron, nous aurons l’indication qu’elle vient bien de chez lui…

18’28. Qu’Esterhazy ait livré les documents n’est pas démontré. C’est vrai. Mais rien non plus ne prouve que Dreyfus l’ait fait. Et pourtant, à la différence de Dreyfus qui n’a pu livrer la plupart des documents (et la preuve s’en fait sans peine quand on confronte les pièces du dossier plutôt que de l’affirmer), Esterhazy le pouvait grâce à ses séjours au camp de Châlons : Carvallo l’a dit à Rennes, à partir du 7 avril 1894, les officiers d’artillerie avaient eu à leur déposition « une description complète du frein hydropneumatique ». S’étant rendu à Châlons, Esterhazy aurait pu se la procurer. De même de la question des troupes de couverture dans laquelle le 6e corps d’armée jouait un rôle essentiel, 6e corps d’armée basé à Châlons… et si Esterhazy n’avait pu là obtenir les renseignements dont il avait besoin il lui aurait suffi de lire et de résumer le Journal des sciences militaires qui s’était intéressé à la question dans son numéro de mai 1894. Relativement aux modifications apportées aux formations de l’artillerie, nous savons qu’elles avaient été mises en application, toujours à Châlons, et au moment même où Esterhazy s’y trouvait. Concernant Madagascar, on pourrait rappeler les différentes publications qui livrèrent sur le sujet des informations ou, rappeler que le colonel de Torcy, chargé de préparer l’expédition, était alors affecté à Châlons où Esterhazy aurait très bien pu recueillir quelques informations. Le manuel de tir était à la disposition de tous et avait même fait l’objet d’une édition autographiée. Il n’était donc pas difficile de se le procurer, contrairement à ce qu’en dit Esterhazy dans le bordereau pour lui donner de la valeur. Et faut-il rappeler que la phrase du bordereau : « le ministère de la Guerre […] a envoyé un nombre fixe dans les corps et ces corps en sont responsables. Chaque officier détenteur doit remettre le sien après les manœuvres » ne peut indiquer qu’une chose : que son auteur ne pouvait être qu’un officier d’un corps, comme l’était Esterhazy et non un officier d’État-major qui n’avait aucune raison de parler de ce qui se passait dans les corps. Demeurent les manœuvres. Marcel Thomas a prouvé qu’Esterhazy avait assisté « à des manœuvres de garnison » à la fin d’août 1894. Cela pourrait suffire dans le cas où nous ne voudrions pas considérer, ce qui nous semble pourtant probable, qu’il ne s’agissait là encore que d’un mensonge visant à rendre intéressante sa « collaboration ». Même écriture, même papier, possibilité de fournir les documents, relation établie avec Schwartzkoppen…

19’03. Esterhazy n’avait aucune chance d’être condamné lors de son procès. C’est vrai… Mais parce que l’instruction avait été dirigée, le conseil de guerre tout autant et cela pour la simple raison que l’État-major ne pouvait revenir sur son erreur de 1894 sans perdre tout crédit et sans envoyer Mercier en prison.

19’33. Comment Esterhazy, ruiné, a-t-il pu vivre en Angleterre ? Grâce à ses petites combines, à des cours de français, à l’aide de quelques amis antisémites (de Boisandré) et surtout à sa collaboration régulière à La Libre Parole puis à L’Éclair alors dirigé par Judet. Mais il eut des moments difficiles, en effet, et des lettres de lui de cette époque, conservées dans quelques bibliothèques ce qu’Adrien Abauzit, comme toujours, ignore, en témoignent. Et c’est étonnant qu’il les ignore puisque Marcel Thomas en parle dans son second livre dont il cite un propos. Il n’en aurait donc lu qu’un page ?

19’57. Esterhazy se déclare auteur du bordereau pour permettre la révision refusée par la commission consultative du ministère de la Justice soutient Adrien Abauzit. Tout d’abord la commission ne vota pas contre mais ne put se départager, à 3 voix contre 3, égalité qui laissait donc la question ouverte… Il faudrait ne pas dire n’importe quoi… Et il ne fallait pas un prétexte au gouvernement qui s’il avait voulu en avoir un, l’avait depuis le faux Henry… La révision était dans les tuyaux depuis cette fracassante nouvelle et c’est pour ne pas la voter que Cavaignac, Zurlinden puis Tillaye avaient auparavant démissionné.

23’17. La réforme de Picquart. En arrivant à la Section de statistique, en effet, il a exigé que tous les documents passassent dorénavant par lui. Pourquoi ? Pour avoir toute latitude pour y introduire des documents ? Enfin… Il fit cela pour remettre de l’ordre dans un service qui était alors désorganisé et pour rétablir la chaîne de commandement. Et d’ailleurs, comme il le racontera, il arrêtera vite, rebuté par l’aspect fastidieux du travail. Et quelles preuves pour affirmer que son introduction du petit bleu dans les cornets de la femme de ménage est « indiscutable ». Quant au procès Zola, sa défense n’est pas affligeante… Elle est en demi-teinte à un moment où il espérait, suivant les promesses qui lui avaient été faites, retrouver les bonnes grâces de ses chefs s’il savait se montrer « bon soldat ».

25’17. Mathieu le farceur. L’affaire de la voyante Léonie est vraie ou tout au moins il est vrai que Mathieu consulta une voyante… Le fait indique bien tout le désespoir du frère, prêt à tout pour trouver la solution. Mais dire que c’est ainsi que Mathieu Dreyfus fut au courant de la violation du droit commis au procès de 1894 est une farce absolue… Mathieu fit en effet ces expériences au cours desquelles Léonie lui parla des pièces secrètes soumises aux juges et, dans ses mémoires, explique qu’il « n’insist[a] pas » (p. 51), n’ayant sans doute pas compris… Ce sont les témoignages de Gibert, Develle, Reitlinger, Salles, etc. qui lui apprirent l’illégalité.

28’45. Le complotisme dreyfusard. Il est clair que les jésuites ne firent pas grand-chose et que les dreyfusards s’emballèrent à ce propos quelque peu. Les Assomptionnistes furent bien plus dangereux et le Comité Justice-Égalité d’une nocivité indiscutable. Mais cela dit, parler de complotisme dreyfusard ne devrait pas se faire en développant un autre complotisme, celui d’une alliance générale contre l’armée et l’Église. Et s’il y eut une volonté politique de républicaniser l’armée (on ne peut reprocher à la République de vouloir républicaniser), fût-ce par des moyens condamnables (l’affaire des fiches, qui soit dit en passant était la manière dont le Comité Justice-Égalité organisait à l’échelle locale les élections), c’était en effet parce qu’elle avait pris de curieuses habitudes et se considérait comme pouvant agir à sa guise au mépris de toutes les règles comme le montra l’affaire Dreyfus. Quant à penser que la République aurait « monté » l’Affaire juste pour mettre au pas l’armée, c’est à crever de rire… Elle avait bien d’autres moyens, tellement plus simples…