Le bordereau : vrai ou faux document ?

Dans les nombreuses publications que suscite la sortie du J’accuse de Polanski, il n’est pas rare de lire que le bordereau est un faux commis par l’État-major. Le bordereau, personne ne peut discuter sérieusement cela aujourd’hui, est un document authentique, celui qui lancera toute l’Affaire. Et cette réalité tombe sous le sens. En effet, s’il avait été avait été un faux, Esterhazy serait alors innocent et la découverte de Picquart serait sans fondement puisqu’elle repose tout entière sur l’identité d’écritures. Mais surtout par quel miracle ce faux aurait-il été de la main d’Esterhazy ? Est-ce à dire qu’il aurait été complice de sa fabrication ? Qu’il était un agent double ? Et donc innocent ? Que l’État-major n’aurait pas commis, en le protégeant et en refusant de réviser le procès de Dreyfus, un crime contre le droit et la justice ? Allons, allons…

2 réflexions sur « Le bordereau : vrai ou faux document ? »

  1. Benoit

    Bonjour,
    Je suis personnellement de votre avis. Je suis historien amateur, non spécialiste de l’affaire, je viens juste de lire l’an passé le livre de M. Bredin et celui de M. Thomas (dans une éditions assez mauvaise, où il me semble manquer des traductions de documents de ci de là, mais bref) et celui de M. Doise.
    La théorie du bordereau exécuté par Esterhazy sur ordre est reprise dans le livre de Doise (Une vérité bien cachée) livre que vous avez chroniqué dans » l’histoire canon », je crois, car j’ai beaucoup lu les articles de votre site.
    Un ami m’a prêté le livre d’Abauzit, que je relis- en grognant intérieurement, car il y fait preuve de beaucoup de mauvaise foi, même si certraines affirmations sont troublantes, et bien utilisées ^pour convaincre; Je pense en particulier aux expertises du bordereau et du petit bleu. Je le lis en comparant vos commentaires au fur et à mesure, (réponse à Abauzit sur votre site) ce qui les rend plus clairs quand on sait à quoi vous répondez précisément; Je suis tenant de la thèse historique « normale », mais je me demandais qui avait expertisé le bordereau, une fois l’identification faite avec le « petit bleu »
    Pour l’idée d’une copie de son écriture dans le bordereau, Dreyfus en parle lui-même , « on a pu copier mon écriture » dit-il à, peu près, dans ses éléments de défense que vous avez mis en ligne. Il est vrai qu’il réfléchissait alors sans avoir vu la pièce, avant le procès, mais du coup, je comprends que cette thèse ressorte de temps en temps.
    Il me semble que ceux qui voudraient faire d’Esterhazy un agent double ayant travaillé dans le bon sens, donc auteur du bordereau sur ordre de l’EM pour intoxiquer les Allemands négligent un élément psychologique important: pourquoi alors n’aurait-il pas été mis à l’honneur au cours de la guerre ou après, quand révéler la vérité sur les opérations d’intoxication n’avait plus la moindre importance? Pourquoi ne serait-il pas revenu en France en se glorifiant de son rôle? Pourquoi quand Picqaurt va parler à ses supérieurs ceux-ci ne lui auraient pas alors révélé la vérité? Il est donc clair qu’Esterhazy a bien écrit le bordereau, non sur ordre mais de son propre chef, et que l’etat-Major ou la section de statistiques n’a rien à voir avec la création du bordereau, non? Il est vrai aussi que l’EM intoxiquait les Allemands, Dreyfus en parle lui-même dans les pièces sur sa défense (au 4e bureau, on a transmis des cartes trafiquées aux Allemands » dit-il -je cite de mémoire, ce ne sont pas ses propres termes, mais c’est l’idée.
    Historiquement vôtre,
    T. Benoit

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    1. laffairedreyfus Auteur de l’article

      Bonjour
      Oui, votre argument final est imparable… Dès que Picquart a commencé à parler, les hommes de l’EM, à moins d’être suicidaires, auraient dû, si E avait été agent-double, le mettre dans la confidence…
      Sinon je comprends mal votre question sur les expertises. Le bordereau et le petit bleu sont de deux mains différentes… Quant au bordereau, après la découverte d’E et la récolte de pièces de son écriture, tous les experts » indépendants (voir le 2e mémoire de Lazare, les analyses des chartistes, etc.) n’ont pu que voir ce que voit l’œil le moins avisé : l’écriture du bordereau et celle d’E sont identiques. Il serait long ici de développer sur les experts de l’accusation et je me permets de vous renvoyer à mon Histoire de l’ad de 1894 à nos jours qui en parle longuement…
      Quant au fait que D ait pu croire un moment qu’on lui avait « volé son écriture », vous en donnez vous-même l’explication…
      Bonne journée

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