Une statue Dreyfus à Mulhouse (suite)

Nous en avons déjà parlé à deux reprises grâce aux informations transmises par monsieur Fernand Hessel et Martine Le Blond-Zola (ici et ici). Le 16 octobre, au Musée historique de Mulhouse, le projet a été officiellement présenté au public par monsieur Hessel, et cela en présence de Charles Dreyfus, Martine Le Blond-Zola et Yaël Perl Ruiz. On trouvera un compte rendu de la manifestation en cliquant ici et, à la suite, le texte de l’allocution du docteur Hessel :

Nous remercions les représentants de la presse d’avoir bien voulu assister à cette conférence de presse ; je salue parmi nous la présence de Mr. Charles Dreyfus petit-fils du Capitaine Dreyfus, de Mad. Martine Leblond-Zola arrière petite fille d’Emile Zola, Mad. Yael Perl-Ruiz arrière petite fille du Capitaine, et de Mad. Sylvie Koechlin artiste sculpteur. L’OBJET de cette conférence de presse n’est pas de décliner comme cela a été fait très fréquemment , les grandes dates de « L’Affaire » du Capitaine Dreyfus que vous connaissez parfaitement, mais nous répondrons après cette introduction volontiers à toutes vos questions et un dossier de presse vous est remis. L’OBJET EST AVEC LE CONCOURS DE TOUS D’ÉRIGER DANS LE CADRE DU 110 EME ANNIVERSAIRE AU PARC STEINBACH A MULHOUSE UN » MONUMENT DU CAPITAINE RÉHABILITÉ ». Cette réalisation répond au but essentiel que s’est fixé notre association dont je reparlerai .Il s’agit pour la bonne compréhension de « L’Affaire »d’un «Monument » dépassant le cadre mulhousien et alsacien en étant d’intérêt national et international. C’est pourquoi nous lançons dés aujourd’hui une CAMPAGNE DE SOUSCRIPTION en vue de sa réalisation . Nous comptons grandement sur vos qualités de journalistes afin que grâce à votre médiatisation la population mulhousienne s’approprie le »Monument » à l’orée de cette date anniversaire .
Afin de rester fixés sur la finalité essentielle de cette conférence de presse QU’EST LA RÉALISATION DU « MONUMENT »au stade d’aujourd’hui, il ne m’appartient pas de rappeler en totalité l’historique de « l’Affaire » d’être exhaustif en matière de dates, d’évènements ou de commentaires mais d’évoquer son fil conducteur. Elle débuta le 15 octobre 1894 par l’arrestation du Capitaine sur la base d’un »faux »,suivi de sa condamnation en Conseil de Guerre et de sa déportation et d’une nouvelle condamnation en Conseil de Guerre le 9 septembre 1899.Et c’est par un arrêté historique que la Cour de Cassation le 12 juillet 1906, a réhabilité solennellement et innocenté définitivement le Capitaine Dreyfus. Consécutivement c’est dans le même cadre de l’école militaire ou il avait été dégradé le 9 décembre 1894 qu’Alfred Dreyfus sera nommé commandant et décoré de la Légion D’Honneur. Ce fut la fin de « l’Affaire » qui fit malgré lui ,d’Alfred Dreyfus, juif alsacien, né à Mulhouse le 9 octobre 1859, polytechnicien, brillant officier français, le héros, debout , face à un complot inique, antisémite. Je crois utile de citer Bernard Lazare qui fut son premier défenseur en 1896 » Qui osera dire que c’est moi qui ai voulu introduire dans le débat une question religieuse ? Ce n’est pas moi qui ai choisi ce témoin, il m’a été imposé…l’opprobre est retombée sur toute une race…un vent de fanatisme souffla sur tous .J’ai défendu le Capitaine Dreyfus , mais j’ai aussi défendu la liberté et la justice ….« .
« L’AFFAIRE » a eu et garde à ce jour une dimension universelle car le Capitaine Dreyfus est, dans l’histoire, et au monde, le personnage français le plus connu après Napoléon.
Si l’homme est resté debout, c’est grâce à ses convictions, grâce à sa famille, grâce aux personnages entrés dans l’histoire comme protagonistes de la réhabilitation.
Zola « J’accuse ».Je cite « C’est un crime d’égarer l’opinion, d’utiliser pour une besogne de mort cette opinion qu’on a pervertie jusqu’à la faire délirer. C’est un crime d’empoisonner les petits et les humbles, d’exaspérer les passions de réaction et d’intolérance, en s’abritant derrière l’odieux antisémitisme dont la France libérale des Droits de l’Homme mourra si elle n’en est pas guérie…..
C’est un crime d’avoir accusé de troubler la France, ceux qui la veulent généreuse, à la tête des Nations justes et libres, lorsqu’on ourdit soi même l’impudent complot d’imposer l’erreur devant le monde entier » (Zola). Ensuite le Lieutenant Colonel Picquart ,héros oublié, à la tête de la « section de statistiques »et qui a été le premier à dénoncer le « complot » contre le Capitaine Dreyfus ce qui lui a valu de passer en conseil de guerre puis d’être mis aux arrêts » , j’ai obeï à ma conscience »disait il. Auguste Scheurer-Kestner Vice Président du Sénat, né à Mulhouse « la Justice, elle se fera Messieurs, car suivant le mot de Gambetta, elle est immanente dans l’histoire et tôt ou tard la vérité finit par triompher » (Scheurer-Kestner). Lucie Dreyfus. Mathieu Dreyfus. Lucien Herr d’Altkirch, agrégé de Philosophie. Jean Mieg-Koechlin Maire de Mulhouse. Théodore Schlumberger, Député de Mulhouse, Président de la Société Industrielle. Charles Péguy. Marcel Proust. Les deux géants de la République, Jean Jaurès et Georges Clemenceau. Louis Loew qui après avoir été Président du Tribunal de Mulhouse en 1870 devint Président de la chambre criminelle de la Cour de Cassation, et qui à lui-même été victime d’attaques et de pressions politiques. Je cite «  Ce sera le grand honneur de la chambre criminelle d’avoir su résister à la pression que de toute part on s’efforçait d’exercer sur elle et d’avoir su écarter de son prétoire tout ce qui prétendait l’asservir. Bravant les outrages et les menaces elle est demeurée, jusqu’au sacrifice d’elle-même, fidèle à sa mission de rechercher la vérité, cette vérité qu’il ne faut jamais fausser, même en vue d’un intérêt qui semblerait plus haut qu’elle, car il ne saurait y en avoir de plus haut » (Louis Loew)
Suivant l’exposé de Bruno Cotte Président de la Chambre Criminelle de la Cour de Cassation en 2006 «  Il y a le meilleur avec la justice qu’a rendue la Cour de Cassation à l’occasion des deux arrêts de révision du 3 juin 1899 et du 12 juillet 1906… Deux arrêts fondateurs de ce que doit être la justice d’un État démocratique et qui contiennent en germe les principes « essentiels »  contenus aujourd’hui dans la convention Européenne des Droits de l’Homme … Deux arrêts rendus … au cours desquels la Cour de Cassation et notamment sa Chambre Criminelle, a démontré qu’il était possible pour des juges, même dans un contexte exécrable de s’opposer à la « raison d’État », cette raison d’État qui a accepté «  l’arbitraire de l’arrestation, de l’instruction, des jugements des Conseils de Guerre, de l’exécution de la peine » avec une faillite dramatique de la « Justice Militaire » (Bruno Cotte)
Durant ces 12 ans deux forces se sont opposées, l’une faite de complots, d’intrigues et comme dit jusqu’à la raison d’État et au déshonneur, l’autre de nature éthique, dans le respect de la justice civile et du droit républicain, des principes fondateurs de la République. A l’occasion du centenaire de la réhabilitation du Capitaine Dreyfus, le Président Jacques Chirac a solennellement déclaré que la tragédie de « l’Affaire du Capitaine Dreyfus » « a contribué à fortifier la République. Elle fut le creuset ou finirent de s’élaborer les valeurs Humanistes de respect et de tolérance, des valeurs qui aujourd’hui encore constituent notre ciment ».
« L’Affaire » est devenue un « Monument » dans l’histoire de la République d’où le nom de l’association « Monument Dreyfus »crée le 12 juillet 2006 à l’initiative du regretté Édouard Boeglin. L’association répond à l’ensemble des valeurs citées précédemment.
Il nous appartient à nous, maillons de la chaîne des générations, de transmettre aux générations futures le contenu du « Monument Dreyfus ». Ce dernier ne doit pas refléter ou être assimilé à une erreur de jugement uniquement, mais à s’ériger en barricade face aux complots contre l’Humain. « Le Capitaine Dreyfus a voulu vivre et il a vécu et il a su conserver l’intégrité de lui-même. Ses cinq années de souffrance n’ont fait qu’élargir son esprit et son cœur, son propre malheur a ouvert ses sens et son âme au malheur des autres. C’est un soldat qu’on avait frappé, c’est un homme qu’on vient de nous rendre …toute cause particulière devient générale…c’est défendre la liberté de tous les citoyens que d’en défendre un seul » (Bernard Lazare).
Et enfin je citerai Jean Daltroff lors de l’inauguration du collège portant le nom du Capitaine Dreyfus à Rixheim le 25 mai 1996 « L’histoire de la famille Dreyfus installée à Rixheim puis à Mulhouse, celle du Capitaine qui après Polytechnique devint un brillant officier de l’armée française, est l’exemple d’intégration dans la société ambiante ;stoppée puis réhabilitée sa vie a valeur d’exemple pour tous ceux qui tentent l’intégration dans le « creuset français ». Le message est aussi celui de la démocratie «  dont la certitude n’est jamais acquise, celui des questions sur l’engagement public, sur l’exercice de l’autorité… » pour qu’ils ne soient pas tentés par la dérive mais qu’ils soient au service d’une communauté nationale responsable ».
« L’Affaire » comme l’a laissé entendre Charles Péguy ne trouvera jamais une fin, les temps présents en sont la preuve, « plus cette Affaire est finie, plus il est évident qu’elle ne finira jamais ».
VOILA LES MULTIPLES MESSAGES VÉHICULES PAR « L’AFFAIRE » : ANTISÉMITISME ,COMPLOTS, CONSEIL DE GUERRE, ERREUR JUDICIAIRE ,RAISON D’ÉTAT, FACE A UNE ÉTHIQUE, A LA LIBERTÉ, A LA JUSTICE CIVILE ,A LA RESPONSABILITÉ , A LA DÉMOCRATIE. LA PERMANENCE DE CES MESSAGES DANS LE TEMPS PRES DE 110 ANS APRÈS LA RÉHABILITATION DU CAPITAINE, FONT QUE LA CRÉATION DE CE MONUMENT DE GRANDE QUALITÉ ARTISTIQUE ET HAUTEMENT SYMBOLIQUE SERA UN ÉVÉNEMENT MAJEUR POUR MULHOUSE .

DANS CE SENS .NOUS ESPÉRONS UN SOUTIEN SANS FAILLE DE L’ENSEMBLE DES MÉDIAS.

Plus de renseignements ici : http://monument-dreyfus.org/

 

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