La lettre de Dreyfus à Charles-Dupuy du 26 janvier 1895 aux enchères… Une vente qui interroge…

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Cette lettre, publiée dans Cinq années de ma vie (Paris, La Découverte, 1994, p. 224-225), passe aux enchères chez Sotheby’s le 29 mai à Paris. Estimation : entre 100.000 et 150.000 euros !!! Une lettre qui nous interroge. Comment est-il possible que cette lettre, de la collection familiale (comme l’indique sa publication dans Cinq années de ma vie), se retrouve en vente ? La famille n’a jamais rien vendu des papiers du capitaine…

Charles Dreyfus, petit-fils du capitaine, vient d’ailleurs, de réagir. Il a fait parvenir la déclaration suivante dont nous reproduisons le « flash » posté hier sur le site du Figaro :
Le petit-fils d’Alfred Dreyfus demande au vendeur d’une lettre exceptionnelle de son grand-père, adressée au ministre de l’Intérieur le 26 janvier 1895, de renoncer à sa mise aux enchères mercredi chez Sotheby’s. Le capitaine Dreyfus avait écrit cette lettre alors qu’il était détenu au bagne de Saint-Martin-de-Ré, dans l’attente de sa déportation à l’île du Diable en Guyane.
Cette vente par un collectionneur « n’émane pas de la famille Dreyfus qui s’est constamment appliquée à donner, par legs successifs, ses archives, tant à la Bibliothèque nationale de France qu’au Musée d’art et d’histoire du judaïsme », écrivent dans une lettre ouverte transmise Charles Dreyfus, petit-fils et héritier du capitaine Dreyfus, et l’historien Vincent Duclert, son biographe. « Aussi, appelons-nous le vendeur de cette lettre à renoncer à cette vente et, par un geste moral qui l’honorerait, d’en faire don à l’une des institutions précitées », poursuivent-ils.
« Ce document viendrait ainsi compléter utilement les fonds déjà existants et soutenir la jurisprudence des héritiers du capitaine Dreyfus ».
La famille Dreyfus considère que la vocation des archives privées « comme des archives de statut public qui ont été officiellement remises au capitaine Dreyfus en 1900 par le gouvernement de la République n’est pas de devenir des objets de spéculation. Elles doivent au contraire créer des collections publiques et contribuer au travail des chercheurs pour une meilleure connaissance de l’affaire Dreyfus », soulignent Charles Dreyfus et Vincent Duclert. Estimé de 100.000 à 150.000 euros, ce document d’un intérêt historique capital contient toute la thématique du futur combat des dreyfusards. Dreyfus y clame son innocence: « j’ai été condamné pour le crime le plus infâme qu’un soldat puisse commettre et je suis innocent (…) Je ne viens vous demander, monsieur le Ministre, ni grâce ni pitié, mais justice seulement ».

A propos de la vente, plus d’informations ici :

Sur ses résultats, info extraite de Libération :

Le document d’un intérêt historique était estimé entre 100 000 et 150 000 euros.

Par AFP

Malgré un début de polémique, la lettre écrite par le capitaine Dreyfus depuis son bagne de l’île de Ré a bien été vendue aux enchères hier à Paris. Cette missive rédigée dans les tout premiers jours de l’affaire, un mois seulement après sa condamnation, était adressée au ministre de l’Intérieur, Georges Leygues, le 26 janvier 1895. Estimée de 100.000 à 150.000 euros par les experts et mise à prix 70.000 euros, elle a été emportée à 457.500 euros (frais compris) mercredi chez Sotheby’s, après des enchères qui se sont rapidement envolées.
La vente a rapidement tourné à un duel feutré entre deux enchérisseurs au téléphone. Au bout de quelques minutes intenses, l’un d’eux a finalement remporté le lot 34, adjugé 380.000 euros (hors frais). L’acquéreur est un collectionneur privé ayant requis l’anonymat, a précisé Sotheby’s. C’est un document d’un intérêt historique capital, qui contient toute la thématique du futur combat des «dreyfusards». Alfred Dreyfus (1859-1935), officier français d’ascendance alsacienne et juive, fut victime d’une erreur judiciaire à l’origine d’une crise politique majeure au début de la IIIe République, «l’affaire Dreyfus», qui divisa l’opinion française en deux clans ennemis.

Un duel feutré entre deux enchérisseurs

Enfermé dans une cellule à l’Ile de Ré avant sa déportation à l’île du Diable, en Guyane, Dreyfus clame son innocence dans cette lettre émouvante: «j’ai été condamné pour le crime le plus infâme qu’un soldat puisse commettre et je suis innocent (…) Je ne viens vous demander, monsieur le Ministre, ni grâce ni pitié, mais justice seulement». Il poursuit, en soulignant ces mots en rouge: «Au nom de mon honneur de soldat qu’on m’a arraché, au nom de ma malheureuse femme, au nom enfin de mes pauvres enfants, je viens vous supplier de faire poursuivre les recherches pour découvrir le véritable coupable».
En préambule de la vente, la commissaire-priseur a esquissé la trajectoire de la lettre, «probablement confiée par Pierre Dreyfus, fils d’Alfred Dreyfus, à la Bibliothèque nationale de France en mai 1940 pour la protéger des Allemands. Elle a été rendue à la famille Dreyfus en 1951 et achetée par son propriétaire actuel en 1996 à la librairie Charavay»«Je ne me faisais aucune illusion sur la possibilité que son propriétaire renonce à la vendre, comme je l’avais demandé pour le principe dans une lettre ouverte. Et pourquoi l’aurait-il fait ? Il ne fait pas partie de la famille», a réagi Charles Dreyfus, 86 ans, petit-fils et héritier du capitaine Dreyfus. «Tout ce que je souhaite, c’est réaffirmer que la famille Dreyfus est totalement étrangère à la vente de ce document et que nous ne faisons pas commerce des archives privées, comme des archives de statut public, d’Alfred Dreyfus».

Une vente contraire à nos traditions familiales

La famille s’est «constamment appliquée à donner, par legs successifs, ses archives, tant à la Bibliothèque nationale de France qu’au Musée d’art et d’histoire du judaïsme»«J’ai rencontré le vendeur, qui souhaitait connaître la provenance de la lettre. Je lui ai dit que la vente de documents sur « l’Affaire » était contraire à nos traditions familiales et que j’étais absolument ignorant de la manière dont cette lettre avait pu parvenir à la librairie Charavay»«Je ne sais pas comment cette lettre a quitté les archives familiales», a-t-il insisté.
Charles Dreyfus, qui n’assistait pas à la vente, a encore souligné «ne jamais avoir mis en cause la propriété de la lettre par son détenteur actuel». Sotheby’s avait précisé à la veille de la vente disposer d’éléments précis sur la provenance de cette lettre, confirmant qu’elle pouvait «être régulièrement mise en vente par son propriétaire». Les Archives de France ont reconnu la provenance de la lettre et autorisé sa mise en vente. Elle dispose également d’un certificat d’exportation.

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